29.10.03
Bien monté
J'ai découvert ça hier, et je trouve que c'est assez mortel :
Amazon.com permet maintenant d'effectuer des recherches dans le contenu des livres. 120 000 bouquins pour un total de 33 millions de pages, ça laisse rêveur. Le Jeff Bezos original serait-il de retour ?
28.10.03
Un peu de grammaire sponsorisée par Nokia
Les fautes d'accords, y en a partout, y compris sur ce blog, je me fais pas d'illusions. Mais quand elles s'étalent en énorme sur des écrans de vingt mètres de diagonale, ça fait un peu mal au coeur.
Et en ce moment, au cinéma, il y a une pub pour le Nokia N-Gage qui fait fort dans le genre. En effet, non contente d'être "un peu pourrie quand même", elle affiche fièrement un énorme "C'est là que je me la suis donné". "Donner" étant un verbe qui existe dans une forme non pronominale (la preuve), son participe passé s'accorde comme s'il était conjugué avec avoir et donc s'accorde avec le COD si celui-ci est placé devant l'auxilliaire. A priori, le seul COD de la phrase, c'est "la", qui a l'air plutôt féminin et qui donc devrait forcer "donné" à prendre un E supplémentaire à la fin.
Ou alors quelque chose m'échappe. Ou alors c'est encore un coup du langage SMS. En tout cas, moi, ça me choque. Enfin ça va, je mangerai bien ce soir et tout, mais quand même.
Elephant (4/5)

Il y a quelques années, j'avais acheté un jeu vidéo qui s'appelait
Normality. L'histoire, on s'en fout un peu (même si elle était marrante), mais l'ergonomie était assez originale. À la base, c'était un jeu d'aventure classique, à la Lucasart, le genre où il faut combiner la clé et le crocodile pour activer la machine à téléporter les cons et retrouver la cathédrale de Chartres dans le slip d'Alain Delon. Mais le truc, c'est que c'était en vue subjective et qu'on se baladait dans de vrais décors en 3D au lieu de cliquer ici et là pour trouver les objets actifs et pouvoir les combiner avec des clés et des crocodiles. Bref, c'était sympa, mais le gros problème, c'était qu'on se retrouvait à marcher pendant des heures dans les décors pour aller d'un endroit à un autre. Et bon, la première fois, ça va, mais quand on se rend compte, une fois arrivé à la machine à téléporter les cons, qu'on a oublié le crocodile à plus de deux heures de marche du lieu où on se trouve, ça énerve un peu. Eh ben
Elephant, c'est un film atteint du syndrôme
Normality. Il est pas tout seul, y a pas mal de films où on voit des gens marcher pendant des heures (
Violent Cop, par exemple), mais il n'en reste pas moins que ça a généralement le don de me saoûler.
Je sais, tout ça pour ça, mais j'avais envie de parler de
Normality et de commencer sur un note négative. Cela dit,
Elephant offre un paquet de trucs en plus : des scènes vues plusieurs fois selon plusieurs points de vue, des plans et une photo rappelant assez des pochettes d'albums de groupes de rock indépendant du Wyoming, des petites scènes arty contemplatives, un personnage tout en cheveux et en t-shirt, ainsi que l'incontournable scène homosexuelle, passage obligé depuis
My Own Private Idaho pour qu'une génération de jeunes filles un peu rebelles en fassent un film culte. Ouais, en gros, ça fait parfois un peu caricature de film américain indépendant. Mais bon, là, je fais le malin. parce qu'en fait, esthétiquement, et du point de vue de la forme en général,
Elephant est vraiment un très beau film. Bien sûr, on retrouve tous ces petits codes un peu énervants, mais tout est tellement bien agencé qu'on se laisse entraîner par tout cet esthétisme pas forcément aussi gratuit qu'on pourrait le croire, puisque, malgré le rythme lent du film, on est véritablement captivé par les images de Gus Van Sant. Les détails fourmillent (le logo sur la porte des toilettes, le diable qui pend au rétroviseur, etc.), on est toujours en train d'essayer de mettre une scène en relation avec une autre, les enchaînements sont hyper chiadés, bref, on se rend compte qu'en ce qui concerne l'aspect artistique ainsi que la construction du film, on se trouve devant une oeuvre de très grande qualité.
Quant au contenu du film et à la façon qu'a le réalisateur de traiter son sujet, j'avoue en avoir été assez surpris. Les échos que j'en avais eu faisaient état d'un ton assez neutre, très distant, mais l'impression que j'en ai eu en le voyant était totalement opposée. Pour moi, Gus Van Sant construit vraiment quelque chose, un ensemble de conditions qui aboutissent et sont en partie la cause du tristement célèbre massacre de Columbine. En montrant de façon brute et très réaliste la vie de ces lycéens, avec son côté plat et sans espoir et son lot de frustrations, il apporte en fait une théorie simple, rendue très forte par son ancrage profond dans le quotidien, débouchant sur la fusillade finale. Le contraste est d'ailleurs assez saisissant entre l'aspect très concret de l'ensemble du film et le côté sur-stylisé de la dernière scène. En même temps, maintenant que j'y pense,
Elephant fourmille de ce genre de contrastes : un rythme presque indolent pour filmer des scènes psychologiquement assez violentes, de belles images tirées d'un univers morne et routinier, et ainsi de suite, les exemples ne manquent pas. Je pourrais m'éterniser sur les qualités de ce film, mais je pense que je me suis déjà bien fait comprendre : je trouve qu'
Elephant est à tout point de vue un film subtil et très travaillé qui, malgré quelques tics un peu énervants, laisse en tête à la fois des images à contempler et des idées à méditer.
25.10.03
Intolerable Cruelty (4/5)

Allez hop, comme ça, en avant-première hyper en avance, le dernier film des frères Coen. Pour info, ça sort le 19 novembre. Ouais, faut pas m'faire chier moi.
Pour moi, il y a trois types de comédies, en plus des types totalement pourris que je n'ai pas envie de citer ici, à la fois par flemme et par mépris : les comédies débiles qui me font rire à force d'accumulation de débilités (concours de pets, Fenwick qui reste coincé dans un couloir d'un mètre de large, patron français tombant dans une cuve de chewing-gum avant de se déuiser en rabbin, etc.), les comédies que je trouve un peu intelligentes et qui me font sourire mais pas beaucoup plus (
Igby Goes Down ou
Adaptation, pour citer celles qui me viennent à l'esprit) et, le fin du fin celles que non seulement je trouve intelligentes, mais qui en plus me font vraiment marrer. Et là je cite pas d'exemple, parce qu'évidemment
Intolerable Cruelty fait partie de cette catégorie.
L'histoire est toute conne et pourrait servir de prétexte à une énième comédie romantique à la merde, et pour tout dire c'est un peu ce que je craignais après avoir vu la bande-annonce. Heureusement, celle-ci trompe vraiment le spectateur sur la marchandise, soit parce qu'elle est totalement ratée, soit pour attirer volontairement un public un peu décalé par rapport au film, j'en sais rien, mais en tout cas il ne faut absolument pas s'y fier. Enfin bref, l'histoire, c'est celle d'un avocat de la mort, spécialisé dans les divorces, le genre qui t'obtient même la garde des poissons rouges avec pension alimentaire et tout le toutim juste en souriant un peu au juge et en faisant les gros yeux à l'avocat adverse. Ce mec, c'est Clooney. Et un jour, il tombe amoureux de la future ex-femme d'un de ses clients. Cette future ex-femme, c'est Catherine Zeta-Jones. Je sais, ça fait encore plus peur, on a l'impression de voir Ritchie et J-Lo démontrer une fois de plus que l'amour triomphe de tout, même du ridicule. Mais en fait il faut arrêter de trembler comme ça, d'une part parce que c'est pas très viril et que c'est pas avec ce genre d'attitude que vous allez exciter des femmes, et d'autre part parce que tout ça est traité avec l'humour incisif et un rien cynique des frères Coen.
Et c'est vraiment bien, de A à Z. Dialogues qui tuent (encore plus que l'avocat), surjeu (ça se dit ?) maîtrisé et mimiques caricaturales calculées au millimètre par les acteurs (à l'exception de l'assistant de Clooney que j'ai trouvé un peu faiblard), situations et rebondissements Coenesques irrésistibles, mise en scène parodique ultra-efficace (la scène du procès est tout simplement énorme), tout y est. Sauf peut-être un scénario un peu plus recherché, mais c'est à peine si on le remarque. Et pourtant, c'est vraiment un truc que j'aime bien, les scénarios. Eh ben là, pfuit, je m'en fous. C'est dire.
Once Upon A Time In Mexico (2.5/5)

Je dois l'avouer, j'aime bien Robert Rodriguez. Un mec qui offre à Clooney un de ses premiers vrais rôles au cinéma et me fait découvrir Salma Hayek est forcément un minimum attachant. Je sais bien qu'il a pas fait que des chef-d'oeuvres, loin de là, mais j'aime bien sa patte un peu sauvage et souvent très mexicaine.
Et cette patte, on la retrouve plus que jamais dans
Once Upon A Time In Mexico, qui se trouve être la suite de
Desperado. On retrouve donc Antonio Banderas (désolé), la brochette de "gueules" habituelles, au premier rang desquelles l'ineffable
Danny Trejo, et on y ajoute, budget oblige, quelques stars au charisme certain (Johnny Depp, Mickey Rourke, Enrique Iglesias et Willem Dafoe). Il y a aussi Salma Hayek, mais j'ai été assez déçu de constater le côté un peu anecdotique de son rôle (elle apparaît deux ou trois fois dans des séquences flashback). Et évidemment, tout ce petit monde se flingue sans arrêt dans la poussière mexicaine, au milieu de petits marchés colorés ou dans des haciendas de barons de la drogue. Ca court, ça saute, ça braille, bref, ça Rodriguèze. Et pourtant, malgré tous les efforts déployés, ça peine à décoller. C'est même, disons-le carrément, un peu lent.
Alors OK, c'est partiellement fait exprès.
Once Upon A Time In Mexico est une espèce d'hommage géant à Sergio Leone : ça commence évidemment par le titre, mais les gros plans, l'attitude et les gueules des personnages ne laissent que peu de doutes sur les influences du réalisateur. Ceci dit, même en prenant tout ça en compte, je trouve que le film a un problème de rythme.
Et c'est pas le seul, de problème, hein. Le scénario est expédié comme une formalité mineure, les dialogues, malgré quelques trouvailles, sont un peu décevants et, si on compare le film à
Desperado premier du nom, on remarque même que le côté "légendaire" de l'original est un peu perdu au profit de bêtes combats de rue.
Ceci dit, il y a aussi de vraies réussites. Par exemple, j'ai trouvé que le personnage de Johnny Depp et les péripéties qu'il traverse étaient vraiment bien foutus. Et puis tout l'arsenal de séries B plus ou moins détourné par Rodriguez donne au film un cachet que j'aime beaucoup et qu'on retrouve dans certains de ses films (
From Dusk Till Dawn,
Desperado ou
Roadracers, par exemple). J'ai aussi bien aimé le côté "esprit du Mexique" du Mariachi, qui m'a rappelé l'esprit du vingtième siècle du comics
Authority et qui aurait mérité d'être mieux développé. Bref, il y a plein de trucs cools dans ce
Desperado 2, mais il faut aller les piocher au milieu du reste. En gros, il vaut mieux le voir quand on est de bonne humeur, sinon on risque quand même de bailler un petit peu.
22.10.03
Mystic River (4.5/5)

Aujourd'hui, je vais faire court. Je sais pas ce qui m'arrive, si je me suis fait piquer par une mouche tsé-tsé ou quoi, mais j'arrête pas de dormir (genre 1h-9h puis 12h-17h, quand même) et je suis encore fatigué. Mais bon, vu que Mystic River est un film vraiment classe, je prends sur moi. Si c'est pas de l'héroïsme à l'état pur, ça...
Déjà, ce qu'on peut dire, c'est que Clint Eastwood (qui réalise ce film) ne s'est pas fait chier. Il avait besoin d'acteurs, visiblement il avait un peu de sous à dépenser et, résultat, le casting est assez impressionnant : Sean Penn (mon acteur préféré à moi que j'ai), Tim Robbins, Kevin Bacon et Laurence Fishburne (j'avais jamais vraiment fait gaffe mais il a un nom rigolo lui) dans les rôles principaux, il aurait pu trouver pire.
Mais s'il a joué la facilité sur les acteurs, on ne peut pas en dire autant sur le reste. Mystic River est réalisé de manière très carrée et très efficace, sans le moindre petit bout qui dépasse, et se met au service d'une intrigue bien foutue dont la progression est vraiment menée de main de maître. Penn, Robbins et Bacon sont juste parfaits et, malgré le rythme relativement lent du film, on n'en voit pas passer les deux heures vingt.
J'avais bien dit que je ferais court.
17.10.03
La France est une petite ville de province
Je sais pas si j'ai des choses originales à dire là-dessus, mais faut que j'en parle, c'est plus fort que moi. Évelyne Thomas est la nouvelle Marianne. Ouais, l'Évelyne Thomas de
C'est mon choix, le Mister Hyde de Jean-Luc Delarue (qui, il est vrai, n'est déjà pas très Jeckyll), celle à qui je laisse tous les ans un petit mot sarcastique agrafé à mon TIP de redevance télévisuelle et qui met des futs violets à la télé.
C'est incroyable, ils comprennent vraiment rien. Pour Brigitte Bardot, je veux bien dire qu'ils savaient pas qu'elle se transformerait peu à peu (si elle ne l'était pas déjà) en vieille faf aigrie, mais ça aurait quand même dû leur servir de leçon, merde ! Eh ben non, paf, Évelyne Thomas (qui a au moins l'avantage d'avoir beaucoup moins de chances de descendre plus bas qu'elle ne l'est déjà). Moi je croyais que la République c'était, plus qu'un système, une espèce d'idéal, jamais atteint, certes, mais un idéal quand même. Eh ben l'idéal des maires français, c'est une excavatrice à merde, une espèce mutante de cochon truffier qui aime fourrer son nez sous le fumier pour voir si ça sent pas pire en-dessous. Je suis pas du genre à chanter
la Marseillaise avec la main sur le coeur droit, mais j'avoue que je trouve ça un peu glauque.
Le lien vers la news, que j'ai la flemme de copier, ainsi qu'un parallèle assez cool, se trouvent
chez Ptyx.
Sinon, pour finir sur une note (vous allez voir, ça fait un jeu de mots) plus positive, le titre de cet article vient d'un morceau du dernier album des Svinkels,
Bons pour l'asile, qui s'appelle
Le corbeau et que, heureuse coïncidence, j'écoute en ce moment. Pour info, l'album en question est "pas mal quand même".
16.10.03
Cette femme-là (3/5)

Ouais bon alors oh la la, Josiane Balasko dans un rôle dramatique, oh la la alors. Enfin c'est ce que tout le monde dit. Et bon, OK, force est de constater que oh la la. Mais oh la la ouais ou oh la la bôf ? Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps, oh la la ouais. Maintenant que j'ai réglé leur compte à LA question et à la syntaxe, passons au film.
Ma copine Josiane est un flic qui enquête sur un suicide qui pourrait bien ne pas vraiment en être un, si vous voyez c'que j'veux dire. Mais bon, c'est aussi une femme qui a perdu son fils dans un accident de voiture et qui éprouve les plus grandes difficultés à s'en remettre. Elle fait des cauchemars, elle déprime, sa vie est super glauque et elle fait la gueule. Et figurez-vous que tout ça est très bien fait. Les cauchemars sont élaborés et bien intégrés, les plans sont bien classieux, il y a une recherche assez poussée dans chacun d'entre eux pour installer une atmosphère à la fois étouffante, glauque et kitsch-triste, les acteurs sont très peu maquillés, c'est très appliqué et ça marche parfaitement bien. On a même parfois un peu de mal à respirer, mais c'est clairement (si on peut dire) voulu par le réalisateur. Et ça aurait même pu m'impressionner si j'avais pas vu exactement là même chose en trois fois mieux dans
Lost Highway. Jusqu'au filtre ocre-jaunâtre. Du coup, je suis un peu partagé. D'un côté, j'ai envie de dire que c'est déjà vu, voire pompé, mais d'un autre, je me dis qu'un mec qui arrive presque à faire semblant d'être David Lynch sans que ça soit totalement pourri est quand même assez doué. C'est d'autant plus vrai que plein d'éléments montrent qu'il maîtrise parfaitement son truc. Le dialogue entre le personnage de Balasko et sa mère au sujet du papier peint est, dans le genre, vraiment marrant. D'ailleurs, je vais vous le raconter un peu, pour que vous puissiez rire vous aussi. Enfin sourire. Enfin essayer de comprendre pourquoi moi j'ai trouvé ça cool. Donc, pendant tout le film, les décors sont bien glauques, dans les tons marron-seventies, avec très peu de sources de lumière, toutes jaunâtres. Et à un moment du film, Josiane Balasko est censée aller se changer un peu les idées, chez sa mère, dans le sud. On se dit "aaah, on va enfin respirer un peu, il va y avoir du soleil et des cigales, et si ça se trouve elles vont se boire un petit pastis toutes les deux en regardant le spectacle de Titoff en DVD", et en fait, tout ce qu'on a, c'est un vieux plan bien sombre des deux personnages qui mangent en faisant la gueule dans un décor plus marron que jamais. Et là, dialogue :
- T'as remarqué, j'ai changé de papier peint...
- Ah oui, il est plus sombre.
Je sais pas pourquoi, je sens que ça va pas vous faire rire. Et pourtant c'est vraiment cool, faites moi confiance.
Bref, vraiment, les trois premiers quarts du film sont très très bien si on n'a vu aucun film de David Lynch et plutôt pas mal si on en a déjà vu quelques-uns (
Lost Highway notamment, donc). Par contre, la fin gâche tout en transformant la subtilité oppressante du film en machin hystérique complètement débile. Mais vraiment, hein. D'autre part, la résolution de l'enquête, qui découle de cette scène, est un peu bâclée et on se rend alors compte que soit le réalisateur s'est foutu de notre gueule en plaçant des fausses pistes basées sur des coincidences tellement grosses que même Flavie Flament serait incapable de les avaler, soit les Grands Méchants de l'histoire sont totalement débiles (ce qui est plus probable quoique peu rassurant).
Enfin, pour boucler la boucle et revenir sur le truc sur lequel j'avais dit que je reviendrais pas, il faut quand même reconnaître la super qualité du jeu de Josiane Balasko, dans un registre très différent de bla bla bla bla Coluche bla bla
Tchao Pantin bla bla bla comédie bla bla bla bla. Bla bla, mais quand même.
Attention danger travail (3.5/5)
Attention danger travail est un documentaire réalisé par Pierre Carles, le mec qui avait fait
Pas vu pas pris,
Enfin pris et le très bon
La sociologie est un sport de combat. Cette fois, le sujet est un peu différent : il s'agit des gens qui ne veulent pas bosser. Forcément, ça m'a interpellé.
Le film est en réalité une succession d'interviews, de petits morceaux de reportages et de films publicitaires grand public ou de communication d'entreprise. L'enchaînement obtenu est plutôt bien foutu et parfois franchement drôle. Pierre Carles et ses acolytes interviewent des gens issus de différents milieux, ayant exercé des emplois variés allant d'ouvrier à la chaîne à chef d'entreprise, et refusant de continuer comme ça, soit parce que le manque de temps leur pesait, soit parce que leurs conditions de travail étaient trop dures et leurs perspectives d'évolution quasi-nulles, soit parce qu'ils ne se sentent pas adaptés au monde du travail. Alors forcément, dit comme ça, on s'attend à se retrouver face à un ramassis de feignants (là, c'est pas forcément faux) prêts à tout pour justifier leur paresse et vivre aux crochets des honnêtes citoyens qui paient fièrement leurs impôts mais votent quand même pour qu'on les diminue. Et en fait, on écoute des gens intelligents expliquer leurs aspirations, leur désir d'un mode de vie différent, l'acceptation d'un revenu faible compensé par le fait d'avoir enfin le temps de faire ce qu'ils ont envie de faire, bref une certaine responsabilité vis à vis de leur choix.
Intercalés entre ces entretiens, des extraits qui ne peuvent que leur donner raison : un petit reportage sur la formation chez Domino Pizza, lui-même parsemé de films de communication interne de l'entreprise, le témoignage d'un ouvrier décrivant les effets physiques et psychologiques du travail à la chaîne, des interviews assez drôles de participants à l'université d'été du MEDEF et, en point culminant, le discours de Jean-Pierre Raffarin lors de ce rassemblement, qui est tout simplement un petit bijou. Le seul petit défaut, à mon avis, c'est d'avoir intégré une espèce d'hystérique du revenu minimum d'existence (à savoir un revenu qui serait attribué pour vivre, indépendamment du travail exercé), qui est bien loin de "servir la cause".
Je sais, normalement, ça devrait être un point positif de faire un véritable tour d'horizon du sujet sans en éviter les aspects un peu limite. Mais dans
Attention danger travail, le but n'est clairement pas l'objectivité, mais plutôt la manifestation d'une sorte de sympathie évidente pour ces gens qui refusent le travail. Aucune contradiction ne leur est apportée, l'interviewer allant même parfois jusqu'à les aider à se justifier. Du coup, forcément, il y a une espèce d'effet
Bowling for Columbine qui fait que, malgré tous les arguments recevables que soulignent les protagonistes de ce documentaire, quelqu'un qui leur était foncièrement opposé au départ ne changera que très peu probablement d'avis. Il s'agit à mon sens de la plus grosse limite du film.
Mais malgré cela, les idées exposées sont suffisamment iconoclastes et l'humour du réalisateur suffisamment présent pour rendre ce
Attention danger travail très attrayant, d'autant plus que le débat qu'il pourrait soulever, s'il était largement diffusé et médiatisé, au sujet du travail comme condition sine qua non d'une vie "agréable" serait, je trouve, des plus intéressants.
Et pour finir, juste parce que j'aime beaucoup le nom de domaine,
le site officiel du film.
13.10.03
American Splendor (4/5)

Hop, encore un film tournant autour d'un comics, mais sur un mode bien différent de celui de
La ligue des gentlemen extraordinaires. En même temps, c'est vrai que l'oeuvre de base n'a absolument rien à voir.
American Splendor, c'est une BD autobiographique écrite par un auteur un peu loser et très pessimiste qui prend le parti de décrire la vie telle qu'elle est en sortant donc des clichés et des manies de la fiction (super-héros, histoires à l'eau de rose, happy endings, etc.). Comme il a un peu de pot, il rencontre Robert Crumb, qui devient un pote et commence plus tard à illustrer ses histoires. D'autres dessinateurs viendront et
American Splendor continuera son chemin avec un succès appréciable pour un comics underground.
Quant à
American Splendor, le film, il s'agit d'une biographie mêlant documentaire, avec interview de Harvey Pekar (l'auteur de la BD) et adaptation du comics, censé être lui-même un adaptation fidèle, sans mensonge, de la vie de l'auteur. Du coup, ça donne une espèce de biographie sur plusieurs niveaux super bien foutue d'un point de vue formel.
Et sur le fond, je suppose que c'est une question de goût et de sensibilité, mais le film m'a particulièrement touché. On ne peut pas vraiment dire que Harvey Pekar a délibérément choisi le camp des losers, mais il semble s'en être accomodé et, paradoxalement, tirer de son décalage et de son mal-être une sorte de bonheur alternatif à la fois simple et singulier. Et c'est aussi sur ce point que s'exprime toute la qualité du film. Les réalisateurs ont réussi à faire ressortir tous les points essentiels que voulait exprimer Harvey Pekar dans sa BD, toute la profondeur d'une vie en apparence banale. Ca m'a fait penser à un morceau de Cyco Miko intitulé
Sweet Disharmony, titre qui résume plutôt bien l'atmosphère d'
American Splendor.
Du coup, entre le concept de base, les trouvailles de réalisation, le sujet à la fois simple et profond et des acteurs irréprochables, on est plutôt content de ne pas avoir laissé
La ligue des gentlemen extraordinaires nous convaincre qu'il était impossible de réaliser une adaptation de BD réussie.
The League Of Extraordinary Gentlemen (0/5)

Encore un parfait exemple du syndrome
Judge Dredd. On prend un comics bien classe, avec tout ce qu'il faut dedans pour en faire un très bon film, on oublie tout ce qui fait la saveur de l'oeuvre originale (le second degré pour
Dredd, le décalage et le scénario pour la
Ligue des gentlemen extraordinaires), on y ajoute des choses totalement incongrues, clairement faites pour formater encore un peu plus le produit final (Tom Sawyer et le passage de relai de l'empire britannique à l'empire américain) et on obtient, sans surprise, une bouse sans nom.
J'aurais bien voulu trouver quelque chose à sauver dans ce film, même en balançant un pitoyable "ah mais les effets spéciaux sont vraiment bien" mais malheureusement c'est pas le cas du tout. Du scénario totalement inexistant (et j'exagère pas) à la mise en scène d'une lourdeur que je n'avais plus vue depuis un bon moment (même
Half Past Dead, à côté, c'est
Gosford Park), en passant par des effets spéciaux réussissant l'exploit d'être à la fois hideux (le costume de Hyde en mousse et le Nautilus en plastique, entre autres) et mal intégrés (l'explosion du bar au début du film et les fuites d'eau dans le Nautilus sont à ce titre de magnifiques exemples de ratages complets), tout est foireux.
Enfin voilà, ça sert à rien de s'éterniser là-dessus, ça marche du feu de Dieu et la suite est sûrement déjà programmée pour l'année prochaine, mais c'est quand même un gros naveton qui, contrairement à
ce qu'a dit un critique du Figaroscope (je savais pas qu'ils fumaient du crack ceux-là), n'a absolument rien à voir avec du "Lynch, mais revu par Tati" et que tout le monde devrait boycotter pour compenser la naïveté qui m'a fait penser que cette adaptation de la BD d'Alan Moore ne serait peut-être pas totalement pourrie.
03.10.03
Encore des blogs hostiles
Bon, aujourd'hui, j'ai envie de parler de deux blogs. Le premier, je l'ai découvert il y a déjà un petit moment, mais il n'était alors pas assez fourni pour que j'en parle vraiment. Aujourd'hui, il commence à y avoir quelques articles cools alors je peux me permettre de vous le conseiller. Quant au deuxième, je viens de le découvrir, je ne l'aime pas forcément, mais il est tellement hostile qu'il est impossible de ne pas en retirer quelques bonnes choses.
Évidemment, je commence par le deuxième. Il a un nom un peu bâclé, puisqu'il s'appelle
Nuls_blogs, mais le concept est intéressant, je trouve. Enfin, je dis ça surtout parce que pendant un moment je voulais faire un peu la même chose, en sans doute moins hardcore, et que j'aime bien dire que j'ai de bonnes idées. Bref, ce blog critique les blogs. Mais là il les critique pas genre "hmm, oui, pas mal 3/5", hein ! On est plutôt dans un registre un poil plus violent, où tous les blogs évoqués sont descendus avec une énergie assez impressionnante.
Alors, bien sûr, c'est facile, et on a vite fait de relever les défauts de l'opération, d'autant plus que l'agressivité du propos donne envie de retourner à l'auteure ses propres critiques. Par exemple, elle tape souvent sur l'orthographe des blogs qu'elle examine, alors que la sienne est loin d'être irréprochable. Idem pour la syntaxe et pour le style (elle a une tendance assez forte à rechercher constamment la formule facile), etc. En gros, une bonne partie de ce qu'elle reproche aux autres (et ça ne s'arrête pas aux seules considérations formelles) se retrouve dans ses propres textes.
Ceci dit, on s'en fout. Je trouve que le tout reste assez marrant, bien que je ne sois pas forcément d'accord avec ses avis (notamment, allez savoir pourquoi, sa haine irrépressible du blanc sur noir), parce que même quand l'ensemble est faux ou très exagéré, il y a toujours des trucs bien vus à relever. Et puis, surtout, elle a l'avantage de prendre dans la gueule à ma place tout ce que j'aurais encaissé si je m'étais vraiment lancé dans un projet de ce type. Ca inclue bien sûr les réactions des bloggers critiqués, mais aussi, à mon avis, l'espèce de culpabilité que j'aurais eue à descendre des mecs peut-être cools simplement parce que je n'aurais pas aimé ce qu'ils écrivaient.
Le premier blog, lui, s'appelle
The man behind the man et est une sorte de tabloïde bizarre (reprenant la charte graphique du
Sun) tapant un peu sur tout ce qui bouge dans le show-biz et ayant à mon avis une espérance de vie assez courte, car citant un paquet de noms de célébrités dans un contexte pas très reluisant.
J'ai beaucoup moins de chose à en dire que j'en avais pour
Nuls_blogs (quel nom de merde, quand même), notamment parce que c'est quand même beaucoup plus inoffensif, mais je le trouve quand même bien drôle. Avec un peu de chance, il pourrait même finir dans ma liste de liens de doite (oui bon ça va on va pas refaire la blague à chaque fois), si j'arrive à vaincre ma flemme un de ces jours.
Sur ce, je vous laisse, je dois aller me faire latter la gueule à Illuminati.
02.10.03
Hukkle (3.5/5)

Voilà, comme ça vous connaissez l'onomatopée hongroise du hoquet. En français, ça s'appelle
Hic (de crimes en crimes). L'histoire est toute conne, et elle est d'ailleurs plus ou moins résumée au début du film : les femmes d'un petit village hongrois isolé empoisonnent leurs maris.
En ce qui concerne la forme, en revanche, c'est une autre histoire.
Hukkle est vraiment un film magnifique, à la fois d'un point de vue visuel et d'un point de vue sonore. Chaque plan est une petite merveille et le réalisateur semble avoir un don pour transformer n'importe quoi (un ragoût, une roue rouillée, une motte de terre, une machine à coudre, un silo, et j'en passe) en quelque chose de beau et de significatif. Ca fonctionne beaucoup à coups de très gros plans, mais certains plans plus larges et certains mouvements de caméra sont également magnifiques. Les enchainements sont aussi hyper travaillés constituant soient des rapports de cause à effet, soit des associations d'idées bizarres mais vraiment réussies. Tout cela fait de
Hukkle un film vraiment étrange, impression que l'absence totale de dialogues ne fait que renforncer. Seules les deux petites chansons finales viennent apporter un éclairage supplémentaire sur l'histoire.
Et le truc vraiment cool dans tout ça, c'est que ces plans ne sont pas juste une suite de jolies photos. Ils sont d'une efficacité redoutable : la scène où le pêcheur mange son poisson devant sa femme et ses 78 filles, ou encore la surenchère sonore de l'atelier de couture illustrent parfaitement la condition de ces femmes qui basculent dans le crime pour se sortir du mépris routinier dont elles sont victimes. Même quelques heures après avoir vu le film, des plans que je n'avais pas compris me revenaient à l'esprit et s'expliquaient soudainement.
Par contre, ce qu'on peut reprocher au film, c'est une certaine lenteur et une aridité sans doute liées à l'absence de dialogue et à l'aspect relativement contemplatif de certains passages, notamment ceux qui font une espèce de parrallèle entre les humains et les animaux (qui restent cependant magnifiques).
Le truc qui m'énerve, aussi, c'est qu'il y a des passages que je n'ai pas compris. J'en cite quelques-uns, au cas où quelqu'un pourrait éclairer ma lanterne. Par exemple, le fait que le vieux sur son banc hoquète sans arrêt a surement une signification quelconque, mais j'ai beau chercher, je ne vois pas. Idem pour l'avion de chasse qui passe sous le pont, ça m'étonnerait que ce soit totalement gratuit, mais je ne trouve pas d'explication.
Voilà, à part ça, le seul conseil que je puisse vous donner, c'est de ne pas aller voir
Hic un soir où vous n'êtes pas en forme, parce que c'est un film qui demande quand même une certaine attention et dont le rythme lent a je pense une surprenante capacité à transformer la passivité en sommeil profond. Cela dit, ça vaut vraiment le coup de faire un petit effort.
Identity (2.5/5)
Identity est un slasher pourri. Dix personnes n'ayant a priori rien à voir entre elles se retrouvent coincées dans un motel pouilleux du Nevada, pour des raisons différentes mais toutes liées au fait qu'une grosse tempête fait rage dans les environs et que la route est inondée. Évidemment, très rapidement, ils commencent à se faire buter un par un et tout le monde devient un peu paranoïaque. Le gros problème, c'est que si l'ambiance claustrophobe et parano est bien rendue, jamais on ne ressent le petit frisson d'angoisse à la découverte d'un corps ou d'un élément troublant. Les personnages se font décimer peu à peu dans la relative indifférence du spectateur. Bon, il se trouve qu'en fait la vérité est ailleurs et que tout cela est un peu plus compliqué, mais même le double rebondissement ne convainc pas vraiment. D'ailleurs, on passe sans transition de l'incompréhension la plus totale à la résolution de toute l'affaire, en une demi-seconde. Vraiment mal foutu.
Et cette espèce de maladresse est d'autant plus étonnante que tout le début du film est hyper bien réalisé, avec des enchainements vraiment classes et originaux et une façon de présenter les personnages super bien foutue. C'est ça qui est le plus bizarre : le réalisateur est très bon, et pourtant il rate des effets basiques, comme lorsque les mecs retrouvent les clés des chambres sur les cadavres sans qu'on ne frissonne une seule fois. Alors peut-être qu'il voulait se concentrer sur son rebondissement et ne pas vraiment faire de son film un slasher, mais c'est un peu dommage, je trouve.
Parallèlement à ça, les acteurs se démerdent vraiment très bien, notamment John Cusak et Ray Liotta, qui incarnent les personnages principaux, et donc de ce côté là le film est très bon. Bref, c'est un peu dommage que tout ça soit si bancal et n'aille finalement pas bien loin.
01.10.03
Jello Biafra en tournée européenne
Ouais, le chanteur des Dead Kennedys et de Lard, entre autres, fait une tournée de spoken words en Europe. Le truc chiant, c'est qu'il passe à peu près partout sauf en France. Du coup, j'ai écrit à Alternative Tentacles pour savoir pourquoi il venait pas, et ils m'ont répondu qu'ils avaient peur de la barrière de la langue (alors qu'il passe en Norvège et en République Tchèque), en me demandant à leur tour ce que j'en pensais. Donc, si des lecteurs de ce blog aimeraient bien voir Jello Biafra en France, ils peuvent lui écrire à jello[at]alternativetentacles.com pour lui dire qu'ils aimeraient bien qu'il vienne. On sait jamais, ça peut marcher.
Quant aux dates actuelles de la tournée, elles sont disponibles
en cliquant ici.
Underworld (1.5/5)

Bienvenue à Gothworld ! Un monde fabuleux où les filles portent des corsets, les hommes ont tous les cheveux longs et noirs, les yeux bleus, des petites chemises sombres, et essayent, dans chacune de leurs attitudes, de ressembler à Trent Reznor ; un monde froid et sombre où, la nuit, les rues sont totalement désertes, si l'on met de côté une voiture de patrouille de flics qui écoutent du métal à fond dans leur autoradio ; un monde où l'on sait qu'on ne doit pas enlever le magnifique ensemble cuir et latex d'une jeune femme blessée à qui on fait un bandage de fortune pour stopper l'hémorragie ; un monde tout en nuances dans lequel les loups-garous sont mal rasés et les vampires vivent dans de somptueuses propriétés, vêtus de chemises à jabot et discutant d'art toute la journée dans de gigantesques salons ; un monde dans lequel, seule contre tous, , sorte d'icône intouchable, se dresse contre la guerre et pour l'amour, poursuit les loups-garous du haut de ses semelles compensées à talon de dix centimètres, un flingue automatique dans chaque main et assistée d'un plan ingénieux sur son joli petit cul gainé de cuir moulant, et coupe des têtes en deux dans le sens de la diagonale avec une précision chirurgicale.
Ouais, mais en même temps vous étiez prévenus : le film s'appelle
Underworld, met en scène des vampires, et est accusé de plagiat par les mecs de
White Wolf, boîte de jeux de rôles bien connue pour ses joueurs aux ongles longs et vernis de noirs à qui on ne peut pas reprocher de ne pas jouer leur rôle sérieusement (oui, je sais, on me rétorquera que c'est un cliché, mais je demande aux personnes qui sont déjà allées dans une convention de faire preuve d'un minimum d'honnêteté intellectuelle). Donc bon, on le savait bien que ce serait goth et dââârk et plein de filles brunes en corset (ce dernier point n'étant pas forcément rhédibitoire). Par contre, ce qu'on savait pas, c'est que le scénario, partant pourtant d'une bonne idée, serait truffé de trous et d'incohérences. Et la mise en scène bancale et cédant souvent à la facilité. Et les personnages basiques. Et les acteurs moyens. Et les effets spéciaux un peu légers. Enfin si, il faut être honnête, on s'en doutait un peu, mais le film nous en donne vraiment la confirmation.