G
Cacochyme
bulles

25.10.04
"Tu verras, Maurice, ils y reviendront, à la terre !"

Y a rien en ce moment, c'est une calamité. Ou alors j'ai pas trop le temps d'aller voir les trucs qui me disent moyennement a priori. En tout cas, j'ai vu que deux films depuis la dernière fois : Aaltra et 2046. Et même si c'est pas vraiment comparable, j'ai préféré le premier.

Aaltra Alors, nous disons donc, Aaltra (4/5) : c'est le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, les mecs de Groland. J'aime bien Groland, mais j'avais un peu peur que ce soit un sous-film hyper influencé par leur émission et qu'au final ce soit marrant, mais sans plus. Et bon, c'est pas du tout le cas, en fait, même si on sent évidemment la patte des deux auteurs. D'abord, visuellement, c'est assez chouette. On peut bien sûr dire que c'est un peu facile de faire du noir et blanc avec des grains gros comme le poing de mon grand-père (pas celui-là, l'autre) pour faire artistique, mais il faudrait être d'assez mauvaise foi pour prétendre que ça rend mal. J'ai trouvé ça très adapté et je pense que ça contribue pas mal à l'ambiance légèrement déprimée du film. L'histoire, je crois que tout le monde la connaît, mais ça reste quand même celle de deux mecs qui se font écraser par le panneau arrière d'une grosse remorque agricole, perdent l'usage de leurs jambes et entreprennent, en fauteuil roulant, de rejoindre la Finlande, où se trouve la maison-mère de la société qui a fabriqué la remorque, pour obtenir des dommages et intérêts. L'ensemble navigue entre gags vachards et vraie souffrance, entre humour politiquement incorrect et portrait acéré des petites bassesses humaines. Même si le lien peut sembler ténu, j'ai pas pu m'empêcher de penser à des films comme Bernie, Lune froide, ou encore C'est arrivé près de chez vous. Je ne suis sans doute pas le genre de personne à s'offusquer de la forme d'humour pratiquée dans Aaltra, mais je pense que la grande force du film est justement de ne pas taper aussi brutalement dans le registre Groland : c'est parfois méchant, il y a quelques gags vraiment axés sur le handicap, mais le propos dans lequel tout cela est enrobé ne laisse pas vraiment de doute sur les intentions des auteurs, et le film ne flirte jamais avec le cynisme. De ce côté là, c'est vraiment classe. Et puis en ce qui concerne les acteurs, c'est aussi très positif. D'ailleurs, c'est un truc qui m'a toujours bluffé, dans Groland : le naturel ahurissant de tous les acteurs inconnus qui y figurent. Dans Aaltra, il y a déjà un peu plus de célébrités, dans la mesure où tous les potes du duo de réalisateurs s'y retrouvent : on peut citer, parmis d'autres, Pierre Carles, Noël Godin, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde ou encore Aki Kaurismäki, le réalisateur de l'excellent Homme sans passé. Enfin bref, y a pas vraiment de faux pas dans Aaltra, si ce n'est peut-être une ou deux longueurs, que j'ai personnellement bien supportées. Contrairement à d'autres, que vous découvrirez en suivant mon regard (et mon curseur).

2046 Ouais, celles de 2046 (2.5/5). J'avais beaucoup aimé In The Mood For Love, pourtant. Mais là, comme dirait mon pote Thibault le comptable des ténèbres dans la chanson qu'on enregistrera un jour, trop c'est trop. Ah oui, tiens, en parlant de ça : j'ai ajouté un lien dans la colonne de gauche vers le "blog" de ce mec, parce que c'est un ami et que personnellement je l'aime beaucoup. Ceci étant dit, sachez qu'il est quand même bizarre. Vous êtes prévenus. Quant à 2046 (coq-âne-coq, 3 hits combo), c'est ultra chiant. Au début, ça passe, un peu à la In The Mood For Love, un brin désuet et nostalgique, avec des relations un peu subtiles entre les personnages (quoique pas forcément aussi subtiles que ça, en fait), des décors et des cadrages magnifiques, bref, la grande classe avec Ferrero Roche d'or et tout. Bon, on se rend quand même compte que sous un déguisement chaud et sophistiqué, ça reste un peu midinette sur les bords, mais ça passe. Mais bon, au bout d'un moment, on sent vraiment que c'est long. J'ai même hésité à rallumer mon portable pour regarder l'heure, tellement ça me paraissait interminable. En plus, c'est pile au moment où on se dit "hey, mais ça finit jamais, ce truc ?" que Wong Kar Wai nous assène son espèce de petit parallèle SF avec l'androïde à émotions différées, que j'ai trouvé simpliste malgré sa tentative de paraître mystérieux, et qui a achevé de me saoûler. C'est con, parce qu'il y a des trucs assez chouettes dans ce film, même au-delà de son aspect visuel : par exemple, j'ai bien aimé le changement de focus entre les différentes femmes de la vie de Chow, ou encore des petits détails bien cool comme la réapparition des billets de la boîte. Malheureusement, ça n'a pas suffi à m'extirper totalement de mon ennui. Alors bon, voilà, si vous cherchez le mec qui n'a pas aimé 2046, c'est bon vous l'avez trouvé : c'est moi.

13.10.04
La LEN fétide

Via Wendy dans les commentaires de Brain Not Found, un article que je trouve intéressant sur les conséquences de la transformation des hébergeurs en flics apeurés depuis qu'ils sont responsables des contenus qu'ils hébergent.

11.10.04
Nouvelle CacoRadio

Voilà, j'ai supprimé tous les morceaux qui étaient dans la CacoRadio depuis des lustres pour les remplacer par d'autres, issus de la playlist mentionnée plus bas dans la colonne de gauche. Un morceau de chaque album, plus trois bonus tracks que je devais mettre depuis longtemps. Ensuite, j'essaierai de mettre à jour la radio en même temps que la playlist. En tout cas, voilà déjà deux ou trois mots sur chaque morceau, histoire de.

1. Tom Waits - Hoist That Rag : c'est un morceau issu du tout nouvel album de Tom Waits, qui est vraiment très bien. Hoist That Rag n'est pas le morceau le plus original de l'album, loin s'en faut, mais je l'aime bien. J'ai hésité à mettre un truc un peu plus expérimental, mais vu le morceau qui suit, je me suis dit qu'un peu de "normalité" ne ferait pas de mal.

2. Stormtroopers Of Death - Milk : ben oui, hein, le nom du groupe est assez parlant. Il s'agit d'un groupe plus ou moins gag à la tête duquel on trouvait Scott Ian, un mec cool qui était plus connu pour être le guitariste d'Anthrax. Ca nous rajeunit pas. Alors bon S.O.D., c'était un peu le défouloir : violent, hyper second degré (heureusement) et euh... drôle. Parce que dans ce morceau, par exemple, ils pourraient parler de décapiter des nonnes ou de sacrifier de jeunes vierges à Satan, mais en fait ils sont juste énervé parce qu'ils ont plus de lait à mettre dans leurs Cheerios (je mens pas). Par contre, comme d'hab' avec ce genre de morceaux hyper saturés, la mauvaise qualité du son ruine un peu tout.

3. The Clash - The Guns Of Brixton : premier morceau bonus, un de mes préférés des Clash, en grande partie grâce aux paroles délicieusement subversives.

4. dDamage - I Feel So BadD : j'en ai déjà parlé il y a quelque temps et je suis fan. Pour plus d'infos, lisez le post original.

5. Thirstin' Howl III - Spit Boxers : là où plein de rappeurs US parlent de flingues, de putes et se la jouent à mort, Thirstin' Howl III vole à l'étalage, vit chez sa mère et rêve de se taper les héroïnes des cartoons. Son album est vraiment excellent et ce morceau aussi, sur un thème un peu moins original que l'ensemble, mais avec une pêche phénoménale.

6. Captain Beefheart - Moonlight On Vermont : ce mec est une de mes découvertes assez récentes et j'en ai presque honte. Le morceau en question date de 1969, c'est dire le retard que j'ai. Le double album duquel il est tiré est bourré à craquer de morceaux bluesy plus ou moins expérimentaux, avec des sons dissonnants partout et des bricolages hyper jouissifs. Là, j'ai mis un truc relativement classique, mais j'ajouterai peut-être un morceau plus barré dans les jours qui viennent.

7. Ministry - No W : héhé. C'est une grosse claque, ce morceau. Une grosse claque bien basique, mais une grosse claque quand même.

8. Masters Of Illusion - We All Over : c'est tiré de l'album de Kutmasta Kurt, dont j'ai parlé récemment. Je sais pas trop quoi dire d'autre à part que c'est bien.

9. Sparta - Splinters : j'adorais At The Drive-In. Et Sparta, c'est la moitié d'At The Drive-In. J'avais d'ailleurs bien aimé leur album précédent, que j'avais écouté longtemps jusqu'à ce que The Mars Volta, l'autre moitié d'At The Drive-In, sorte le sien et monopolise mes enceintes. Cet album-là est mieux que le premier, je trouve, et j'aime particulièrement Splinters (que j'ai quand même eu du mal à choisir parmi trois autres).

10. The Blues Explosion - Fed Up And Low Down : Jon Spencer et ses potes ne sont à mon avis pas revenus au niveau de Now I Got Worry ou d'Acme, loin de là, mais on est quand même un cran au dessus de Plastic Fang, leur dernier album, qui était un peu raté.

11. Drive Like Jehu - New Math : également une de mes découvertes récentes. Très technique, très pêchu, un peu à mi-chemin entre Fugazi et At The Drive-In.

12. Shudder To Think - Crosstown Traffic : une reprise de Jimi Hendrix par un groupe de punk / emo mélodique très doué. C'est le deuxième morceau bonus, youpi.

13. The Animals - We've Got To Get Out Of This Place : j'avais jamais vraiment écouté les Animals jusqu'à ce que, récemment, je réécoute l'album de Jello Biafra & D.O.A., sur lequel figure une reprise de ce morceau. Comme j'aimais bien le texte (qui a en fait été un peu modifié par Biafra, mais pas tant que ça) et la ligne de basse, j'ai écouté l'original et j'ai pas été déçu. Heureusement, parce que c'est le troisième morceau bonus.

Aujourd'hui, c'est juste la fin d'hier

J'ai une notion du "tout à l'heure" un peu plus large que la plupart des gens, c'est tout. Vous allez quand même pas me blâmer parce que je suis large d'esprit ! Alors on continue.

Fear X (3.5/5) : petit film d'un réalisateur danois (Nicolas Winding Refn), qui a du passer dans sept salles en France, Fear X est vraiment bourré de qualités. Le scénario et la réalisation ont des accents très lynchiens, une espèce de lenteur implacable et un sens du mystère très maîtrisé. L'histoire suit l'enquête minutieuse d'un homme dont la femme a été abattue dans un centre commercial et qui ne vit plus que pour résoudre cette affaire. Je veux pas trop spoiler, mais en fait le film va bien au-delà de ça et la double lecture qu'il propose est assez enthousiasmante. On a un peu l'impression d'un foutage de gueule à la fin, mais en y réflechissant, tout est compréhensible bien qu'incertain. C'est très classe. Et puis il y a l'interprétation de John Turturro, qui est juste sublime. Très bonne et étrange surprise.

Collateral (2/5) : apparemment, tout le monde a aimé ce film sauf moi. Et Guillaume, qui peut me servir de caution morale et confirmer le fait que je ne dis pas ça pour faire le petit rebelle. Avant de voir le film, j'avais peur que le lien qui unit le tueur et le chauffeur de taxi soit un peu artificiel et que ce dernier ait deux mille raisons de se tirer mais ne le fasse pas. Et en fait, c'est plutôt le contraire qui se passe : c'est le personnage de Tom Cruise qui aurait dû larguer son associé forcé depuis un bon moment. Mais bon, c'est pas grave, ce qui m'a déplu ne vient pas uniquement de là. Et j'avoue que la première moitié du film, voire un peu plus, est très bien foutue. La mise en scène est excellent, les acteurs aussi, l'histoire se tient à peu près, bref, tout va bien. Et puis à un moment, on sait pas trop pourquoi, ça devient n'importe quoi. Les témoins dans les affaires importantes ne sont pas placés sous protection à la veille du procès, mais se la coulent douce en boîte avec une pute sous chaque bras, et restent stoïques quand tout le monde se fait flinguer alentour. Il y a trois flics dans tout LA et, manque de bol, ils sont tous derrière les mecs qu'ils doivent empêcher de nuire, au lieu de les attendre dans le lieu où ils savent qu'ils doivent se rendre. Tom Cruise flingue la moitié d'une armée placée en cercle à cinq mètres autour de lui, et là Michael Mann a beau faire tous les effets de caméra qu'il peut, on voit bien que notre "héros" devrait être bien emmerdé. Mais non, il s'en sort, chemise toujours aussi blanche et brushing impeccable. Il a dû prendre des cours chez Steven Seagal pour faire ce film. En fait, les incohérences deviennent tellement nombreuses que ça ruine un peu la mécanique de précision mise en place au début du film et que tout en devient énervant. Même Jamie Foxx, que je trouvais excellent jusque là, s'est mis à me gonfler avant de faire des prises de Judo à des flics, de voler des cellulaires et d'aller téléphoner en haut d'un immeuble, histoire de bien capter. Heureusement qu'ils ont mis des bas à Jada Pinkett Smith et que le réalisateur nous les montre bien quand elle court, sinon la fin aurait été totalement insupportable. Bon, je cite pas tout ce qui m'a énervé, parce que ça va commencer à faire long, mais je trouve qu'il y en a suffisamment pour décrédibiliser tout le film. Heureusement qu'il y a du talent derrière la caméra.

Old Boy (4/5) : bon ben voilà, une fois de plus, on trouve dans ce film coréen un milliard de trucs mortels qu'on aura jamais l'occasion de voir dans un film européen ou américain. Ou alors bien cachés. Visuellement, c'est hallucinant d'inventivité. Quant à l'histoire, son déroulement ne dément pas l'originalité de son commencement (un homme enfermé pendant 15 ans sans qu'il sache pourquoi est finalement relâché et cherche à se venger) et, si elle semble parfois bancale, des révélations ultérieures la restabilisent. Tout ça donne un résultat à la fois baroque et structuré du plus bel effet. L'acteur principal, Min-Sik Choi, a une classe exceptionnelle et se situe largement au niveau des autres éléments du film. Et puis en fait, il en va de même pour la BO et pour tout le reste. Personnellement, je reprocherais quand même à Old Boy une durée un peu excessive, qui ne cause aucun ennui mais qu'on ressent quand même sur la fin, et quelques phases volontairement (je pense) excessives qui ne m'ont pas trop plues, même si je pense qu'elles ont des amateurs. Enfin bon, quoi qu'il arrive, c'est à voir, parce que c'est super original tout en étant loin des grands n'importe quoi à la Dead Or Alive.

Eternal Sunshine Of The Spotless Mind (3.5/5) : Kaufman + Gondry, deuxième. Sans trop de surprise, on retrouve les thèmes et le mix d'excentricité et d'ingéniosité du premier et le talent visuel du deuxième. Ca donne, comme prévu, quelques scènes bien classes, un scénario alambiqué contenant un bon millier de trouvailles dont deux cents sont bancales, et au final un résultat assez sympathique mais pas aussi bluffant qu'on aurait pu s'y attendre. Jim Carrey montre une fois de plus qu'il est un excellent acteur quand il essaye pas de ressembler à Courtemanche dans chaque plan, Kate Winslet est gasp et ils vivent tous les deux une histoire exceptionnelle pleine de trucs bizarro-mignons avec, en arrière plan, une petite dose de réflexion sur ce qui fait une relation et son évolution et la part de choix conscients dans tout ça. Honnêtement, on peut pas dire que ça soit con, c'est même plutôt intéressant, mais ça casse pas non plus trois pattes à un canard (oui, j'aime beaucoup cette expression). Ceci dit, au-delà de la tentative d'intelligence au forceps, le film reste vraiment agréable, drôle et a le bon goût de proposer un mini coup de théâtre sur lequel tout ne repose pas, ce qui nous change un peu. J'ai bien aimé, quoi.

10.10.04
N'est pas mort ce qui à jamais dort

Un mois, mine de rien. Ca aurait dû durer moins longtemps, mais j'ai fait une fausse manoeuvre et j'ai perdu un truc hyper long écrit il y a environ 15 jours. Du coup, pour protester contre ma propre connerie, j'ai décidé de cesser de poster. Mais bon, là, même Alan Smithee est sorti de sa tombe pour venir me tourmenter, alors il faut quand même que je fasse quelque chose. J'ai vu un paquet de films depuis la dernière fois, et ça me fait un peu chier de récrire tout ce que j'ai perdu, mais je tiens à garder une trace de tout ça, alors je vais malgré tout les mentionner tous et leur attacher une petite phrase de commentaire. Ou deux, si je suis inspiré.

Déjà, il y a les derniers films de l'Étrange festival, dont j'ai pas encore parlé. Ces films sont Crazy Thunder Road et Crazy Family de Sogo Ishii, et Samaria de Kim Ki-Duk. Les deux premiers sont des films qui datent déjà un peu et qui ont contribué à me faire apprécier les bons côtés de leur réalisateur, qui s'étaient déjà révélés à moi lors de la projection d'Electric Dragon 80.000 V, et comme en plus le mec est très sympa (il intervenait avant et après chaque film et répondait aux questions, alors je sais que c'est pas très scientifique comme méthode pour juger si quelqu'un est sympa ou pas, mais c'est la mienne et je vous l'impose) ça m'a vraiment donné envie de suivre ce qu'il pondra par la suite. Crazy Thunder Road est anecdotique, naïf et un peu cheap, mais il dévoile déjà le côté jusqu'au-boutiste de Sogo Ishii et en cela il est quand même intéressant. Ceci dit, je conseillerais à personne d'aller le voir dans un autre but que celui de s'intéresser de très près à ce réalisateur. Par contre, Crazy Family est un excellent film, complètement barré et pourtant super maîtrisé. C'est drôle, politiquement incorrect, plein de trouvailles géniales, les acteurs sont exceptionnels, complètement dans le délire de leur personnage, et la fin complètement absurde désamorce un peu tout et fait du film un petit chef-d'oeuvre d'ironie. C'est vraiment à voir. Quant à Samaria, comme c'est le dernier film de Kim Ki-Duk et qu'il va certainement finir par sortir en salles en France dans les mois qui suivent (oui bon, je m'avance peut-être un peu), je lui file une note : 4/5. The Coast Guard m'avait pas mal déçu, surtout en regard de Printemps, été, automne, hiver... et printemps qui m'avait bien bluffé, et j'ai eu le plaisir de constater que Samaria était plus proche du second que du premier. Il se découpe en deux parties aux atmosphères très différentes, la première étant relativement classique, plutôt drôle malgré un thème un peu glauque (l'association de deux ados dont l'une se prostitue pour qu'elles puissent partir en vacances toutes les deux) et la seconde rejoignant un peu Printemps, été... dans une phase contemplative plus portée sur la réflexion, encore une fois parfaitement maîtrisée par le réalisateur. On retrouve les thèmes développés par Kim Ki-Duk dans ses différents films, à savoir, notamment, le côté "on règle tout entre nous", la femme tentatrice et un aspect "assume les conséquences de tes actes où je te casse une brique sur la tête et je te frictionne tout le corps avec les débris, petite catin" que personnellement j'aime assez (là, il va falloir lire un peu entre les lignes, mais je vous fais confiance). Cela dit, je pense que cet homme a un petit problème avec les femmes, mais je peux me tromper, hein. Ah oui et puis dans Samaria, on retrouve aussi une réflexion assez subtile sur le passage à l'âge adulte et les responsabilités qui vont avec (et qu'on a intérêt à assumer, sinon, clang, frott frott). Enfin c'était bien, quoi. Samaria et l'Étrange festival. Sophie a un peu protesté parce que c'était plus un festival de films asiatiques que de films étranges et qu'ils ont supprimé la forte doses de séries B et au-delà qui caractérisait ce festival depuis ses origines (oui, parce que Sophie, c'est une vieille de la vieille), mais en même temps elle se plaignait quand ça faisait trop de bruit (c'est à dire souvent vu qu'on a quand même vu quatre Sogo Ishii) et m'a confié, après Samaria, qu'elle était contente d'avoir enfin vu un film à peu près "normal". Si vous voulez mon avis, je crois qu'elle vieillit.

Bon, à part ça, j'ai quand même vu d'autres films "normaux". Les voici :

Mensonges et trahisons et plus si affinités... (1.5/5) : outre un titre monstrueux et une atmosphère bobo à en vomir, on tient là un nouvel exemple de film qui ne serait rien sans Édouard Baer et qui, même avec lui, n'est pas grand chose. Intrigue pourrie grillée à mille bornes, réalisation plate, dialogues pas si exceptionnels qu'ils voudraient bien le faire croire, cynisme petit-bourgeois pourri de rigueur, bref, heureusement que j'aime les acteurs principaux (le deuxième étant Clovis Cornillac), sinon j'aurais pleuré en sortant de la salle.

Diarios de motocicleta (3.5/5) : j'étais pas super confiant en allant voir ce Carnet de voyages, qui me rappelait dangereusement une époque où mes petits camarades de classe de 16 ans arboraient fièrement un t-shirt du Che sur leur Booster MBK super cher, et j'ai été agréablement surpris. Je veux bien reconnaître que ça va pas forcément super loin et que les phases "le petit Ernesto devient le grand Guevara" sont un peu lourdingues, mais le reste est super bien fait. J'aime la mise en scène, j'adore Gael Garcia Bernal et son pote Rodrigo de la Serna, je suis hyper sensible à tout le soin apporté au moindre détail du film, que ce soit dans les dialogues ou dans la personnalité des protagonistes (en considérant toutefois les réserves déjà évoquées) et bon, globalement, j'ai trouvé ça vraiment cool. Godspeed un peu moins.

Salvador Allende (3/5) : un documentaire clairement orienté, mais néanmoins très intéressant, sur la politique et la personnalité de l'ex-président chilien plus que sur le coup d'État de Pinochet. Les extraits d'interview de l'ambassadeur américain de l'époque figurent parmi les meilleurs moments du film.

Comme une image (3.5/5) : j'avais beaucoup aimé le Goût des autres, j'ai un peu moins aimé celui-là. Néanmoins, ça reste à mon sens un très bon film. D'abord, c'est super bien écrit, mais genre vraiment super bien. Et du coup c'est drôle et plutôt subtil, et on a beau commencer à connaître la recette de la subtilité satirique du tandem Jaoui-Bacri, ça n'enlève rien à la qualité de la chose, même si, OK, un peu d'originalité serait vraiment bienvenue pour le prochain. Ensuite, les acteurs sont irréprochables. Il y a forcément beaucoup de talent réuni au casting, mais il y a aussi la précision de la mise en scène et de la direction d'acteurs d'Agnès Jaoui. Bon, après, je rejoins assez Gaëlle sur le fond : ça a beau être bien foutu, je commence à me lasser des histoires d'über-bobos qui ont des boulots de rêve et connaissent gloire et fortune tout en s'adonnant à leur plus grande passion. Pourtant, dans Comme une image, j'avais un petit espoir : vu que c'est l'histoire du vilain petit canard de la famille, interprété par Marilou Berry, je me disais qu'elle désolerait peut-être son entourage en choisissant une carrière d'employée de banque ou de chef de rayon. Malheureusement, l'anti-conformisme de ce vilain petit canard là ne vas pas aussi loin, et le personnage de Marilou Berry veut simplement être chanteuse classique. Shocking.

La Terre vue du ciel (0.5/5) : oui bon alors là on va pas s'éterniser. Le film consiste essentiellement à montrer des photos de Yann Arthus-Bertrand en utilisant des effets de transition aussi variés que le zoom avant, le zoom arrière et la dissolution. Du coup, on dirait une présentation Powerpoint commentée par un duo d'acteurs (enfin disons plutôt un acteur - Bernard Giraudeau - et un gamin qui récite) déclamant le texte poussif et chargé de lieux communs à s'en faire péter les amortisseurs écrit par le réalisateur Renaud Delourme. On y apprend entre autres révélations exclusives que l'homme abîme la terre alors qu'elle était là en premier, que l'océan, c'est beau et que le caoutchouc brûlé, c'est pas très bon pour l'environnement. Même en gardant la forme globale du truc, on aurait pu le rendre un minimum intéressant en expliquant l'origine des paysages et des phénomènes figurant sur les photos, mais non, c'est tellement mieux de déclamer une espèce de prose poétique assez pathétique ! Achetez un livre de photos, mais par pitié n'allez pas voir ce film. C'est trop tard, de toute façon.

Voilà. En fait, il m'en reste quatre, mais je les ferai tout à l'heure.

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