G

Cacochyme

26.07.03

Gédéon (M-004)

Je suis au milieu de l’ascenseur, menotté et entouré de neuf mecs qui pointent des flingues longs comme leurs bras en direction de ma gueule. Je sue comme un bœuf. Pas à cause des armes, mais plutôt du thermomètre incrusté dans le panneau de contrôle de l’ascenseur, qui indique 43° C. Ca va tourner à l’orage.

On arrive en bas de l’immeuble et mes gardes du corps me font sortir le premier, guidé par la pression de leurs flingues sur mon dos et ma nuque. On sort de l’immeuble. Garée en travers de la rue, ma limousine m’attend. C’est un modèle un peu spécial : 10 tonnes de métal blindé, aucune fenêtre à part le pare-brise et deux grande portes au cul, ouvertes sur un compartiment à bestiaux garni de bancs en fonte où ils comptent me faire asseoir le temps de me ramener à l’asile. Dans ma situation actuelle, je peux difficilement refuser l’invitation, alors j’entre dans le camion et me pose sur l’un des bancs. C’est à ce moment là qu’ils se rendent compte que je prends un peu plus de place que leur pote que j’ai éclaté tout à l’heure et qu’il va falloir se serrer. Ca les emmerde un peu, mais finalement les portes arrières se ferment et le véhicule démarre. Je sens que les deux mecs qui sont collés à moi n’en mèneraient pas large si cinq des leurs n’étaient pas assis en face, leurs flingues toujours braqués sur moi.

Tout le monde transpire à grosses gouttes, et la température ne cesse d’augmenter. On entend le tonnerre gronder et mes cheveux sont trempés de sueur. J’ai mal au bide. Dès que je crois m’être habitué au manque, un soudain regain de douleur vient me rappeler que personne n’y arrive jamais et que si on n’en crève pas, c’est qu’on est retourné à l’asile bouffer sagement sa dose quotidienne de médicaments. Mes gardes semblent eux aussi être de plus en plus mal à l’aise. La chaleur est étouffante à l’arrière du fourgon et l’odeur de sueur n’a rien à lui envier. Je n’ai qu’une envie : sortir. Les écraser un par un dans le camion et sortir. Mon problème, c’est qu’ils n’attendent que ce prétexte pour me plomber. Le mec à ma gauche commence à se marrer, comme s’il lisait dans mes pensées. Je tourne la tête et m’aperçois qu’il a enlevé son casque et qu’il penche sa tête d’un côté à l’autre, sans arrêt, le regard perdu dans le vide. Il rigole comme un crétin et les autres commencent à s’agiter et à lui demander ce qu’il a. Non seulement il continue son cirque sans répondre, mais le mec à ma droite se met à faire pareil. Je sens que, bizarrement, les autres commencent à paniquer. Leurs voix sont distordues, exagérément aiguës, et leurs gestes de moins en moins précis. Un énorme coup de tonnerre résonne au dehors et ils sursautent tous comme des fillettes. Et puis, petit à petit, sans raison, ils s’affalent sur le banc et s’endorment.

Je comprends rien, mais j’ai d’autres priorités. Je choppe un flingue et m’assure, à bout portant, qu’ils ne se réveilleront pas au mauvais moment. Et puis je commence à donner des coups d’épaule dans les portes. Évidemment, c’est solide. Ca bouge, mais ça pète pas. Les mecs dans la cabine ont l’air de se rendre compte de quelque chose, parce qu’ils commencent à gueuler pour savoir ce qu’il se passe à l’arrière. Je continue de foutre des coups dans les portes et elles commencent à céder. Encore quelques efforts et je pourrai sortir et me perdre dans la foule. Je retournerai pas à l’IEEC. Je suis pas Dan, allez vous faire foutre. Le métal se déchire enfin et les portes s’ouvrent. Je saute du camion, mais l’extérieur est très différent de ce à quoi je m’attendais : les rues sont totalement vides et le ciel est d’un gris uniforme très sombre, presque noir. Mais j’ai pas le temps d’étudier la question pendant deux heures. Je cours pour me mettre hors de vue des mecs du camion, qui vient de s’arrêter quelques centaines de mètres plus loin. Je tourne dans la première rue que je trouve, mais apparemment ma fuite n’est pas passée inaperçue, parce qu’une escouade de miliciens armés me barre le passage. Les mecs me braquent et m’ordonnent de ne plus bouger. J’hésite, mais l’éclair et le grondement de tonnerre simultané qui déchirent le ciel, immédiatement suivis d’un déluge de pluie et de cendre m’offrent une diversion suffisante pour me jeter à l’abri dans une entrée d’immeuble. La milice ouvre le feu et je me mange une ou deux bastos avant de quitter leur ligne de mire. J’entends leurs pas et leurs cris se rapprocher tandis que je cherche une issue. Je m’apprête à pénétrer dans une cage d’escalier, lorsque le bruit des portes de l’ascenseur attire mon attention sur ma gauche. Un petit mec tenant une grenade à la main vient de pénétrer dans le hall et me dévisage. Je marque un temps d’arrêt, un peu surpris par cette apparition, lorsque le soudain vacarme à ma droite m’avertit que les miliciens viennent d’investir l’immeuble. J’ai tout juste le temps de me jeter dans la cage d’escalier avant qu’une explosion ne dévaste le hall et ses occupants. Étalé par terre, je commence à sentir les balles qui m’ont atteint tout à l’heure. Une au ventre, une à la cuisse. Ca pique, mais comparé au manque, c’est vraiment rien. Je me relève, me retourne, et le petit mec, émergeant de la fumée qui a rempli l’entrée de l’immeuble, me fait signe de le suivre et se barre du hall en courant. Un peu paumé, je décide de lui faire confiance, au moins momentanément. Je cours derrière lui et il me guide à travers les rues, sous l’incessante pluie de cendre qui recouvre peu à peu la ville désertée et nous rend invisibles à quiconque se trouvant à plus de deux mètres de nous. Je ne sais pas qui est ce mec, mais je sais que je suis libre, pour quelques heures de plus.

Yo ! Tu peux remettre les liens vers les précédents épisodes ?
Ptyx (URL) - 29.07.03 - 00:43

Vivement que Pivot 1.0 sorte et qu'il y ait des catégories :)

Épisode 1 : http://blog.morsultimaratio.com/archive_..
Épisode 2 : C'est celui-là
Épisode 3 : http://blog.morsultimaratio.com/archive_..

Épisode ? : http://blog.morsultimaratio.com/archive_..
Brice - 29.07.03 - 02:45

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