C'est bizarre, quand même. Noam Chomsky a beau être un des intellectuels les plus brillants des États-Unis, il faut que ce soit des japonais qui produisent ce film. D'un côté, c'est vrai qu'on est bien loin du domaine de compétences original de Chomsky, la linguistique, puisque Pouvoir et terreur regroupe une série d'entretiens et de lectures qu'il a donnés au sujet du 11 septembre, mais quand même, je trouve ça surprenant.
Bon, ceci dit, le film en lui-même est loin d'être brillant. Déjà, les extraits sont parfois coupés un peu n'importe comment, et on a l'impression de ne pas arriver au bout du raisonnement que mon pote Noam était en train de construire. C'est un peu gênant quand même. Et puis, pour ne rien arranger, le film n'a pas vraiment de structure, les extraits étant liés plus ou moins artificiellement par un sujet, mais ne formant pas un véritable ensemble allant vers quelque chose (un truc un peu foufou, comme une conclusion, par exemple). Autre truc un peu chiant, le manque de contradiction. C'est super intéressant d'écouter Chomsky parler, mais on aurait aimer le voir défendre ses positions, surtout que, d'après ce qu'on m'a dit, il a une classe phénoménale pour ça. Bref, le film est vraiment décevant, limite bâclé.
Alors que reste-t-il me demanderez-vous ? (Demandez-le, je vais passer pour un con sinon). Ha ha, je savais que vous me poseriez cette question ! Ben la réponse est simple : il reste Noam Chomsky. C'est à dire un mec à l'intelligence et à la culture exceptionnelles, qu'il met au service d'un militantisme de bon aloi, bien loin des jeunes sauvageons en jean troué qui brandissent des affiches d'Attac parsemées de trous de boulettes gros comme un sénateur. C'est d'ailleurs assez bizarre que certains critiques de Chomsky lui reprochent une vision du monde en noir et blanc (sans nuances, quoi), surtout lorsqu'on voit les réponses qu'il fait dans le film à certaines questions (genre "non, je ne pense pas que la presse américaine soit contrôlée par le gouvernement"). Enfin bref, tout ça pour dire qu'on trouve quand même des trucs intéressants dans ce film, malgré son manque de fil directeur. Il paraît que Manufacturing Consent est sur ce point bien meilleur, donc si vous avez le choix, laissez tomber celui-là.
Petite modification à cet article : je m'aperçois que je ne parle pas de sa thèse concernant le 11 septembre et ses suites, ce qui est un peu débile. Donc, en gros, il montre que les États-Unis ne peuvent pas vraiment faire la guerre au terrorisme, puisqu'ils sont eux-mêmes l'un des états qui le pratiquent le plus (explications à l'appui, parmis lesquelles des condamnations par l'ONU et différents tribunaux internationaux). Il évoque aussi certains faits assez ahurissant concernant la politique des USA et des diverses grandes puissances mondiales ou régionales (Angleterre, France, Allemagne, Turquie, Israel), qui ont selon lui au moins en partie provoqué les actes terroristes du 11 septembre. Voilà, fin de la modification, la prochaine fois je ferai attention, promis.
quatre commentaires:
Oui, y a Chomsky, mais c'est vrai, c'est montré d'une façon qui ne sert pas vraiment sa cause. Tu notes l'étonnement du fait que ce soient les Japs qui aient réalisé ce doc. Faut-il y voir un boycott des producteurs américains ?Jje me dis aussi, en tapant un peu dans le cliché socio, que les Japonais manquent intellectuellement de créativité (à part le design/DA...), et ça fait trop "oh, monsieur Chomsky, nous t'honorons de ta sainte présence", etc. etc., le vieux truc d'éloges à la mord-moi-le-nœud. C'est vrai, un peu de suite dans les idées aurait été préférable, mais bon, le doc est comme ça ; on pourrait dire avec humour que c'est "fait exprès" parce que Chomsky est anarchiste (mais c'est galvauder l'idée anarchiste.) Au lieu de se concentrer sur une réflexion approfondie, on survole, on butine et on finit par en faire trop autour du mec. Chomsky renvoie les gens à leur propre engagement alors que beaucoup lui quémandent "que faire ? Que pensez-vous de... " (sous-entendu afin que je sois sûr que c'est bien de faire ainsi...) Bref, dans le genre gourou soft, ça vire un tantinet secte (japoniaise ?) En même temps, l'intérêt du doc, c'est de donner une idée des gens qui s'intéressent à la pensée chomskyenne : leurs styles, leur diversité, leurs interrogations. Au final, Chomsky ressort comme un type à la fois cool et hyper conscient des hypocrisies et des trames de notre fucking world. Et, à l'encontre des fabricants de paranoïa, il en ressort , malgré une lucidité désenchanteresse, une note d'espoir et d'apaisement.
Hieros () - 11.10.03 - 21:31
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