G

Cacochyme

02.10.03

Hukkle (3.5/5)

Voilà, comme ça vous connaissez l'onomatopée hongroise du hoquet. En français, ça s'appelle Hic (de crimes en crimes). L'histoire est toute conne, et elle est d'ailleurs plus ou moins résumée au début du film : les femmes d'un petit village hongrois isolé empoisonnent leurs maris.

En ce qui concerne la forme, en revanche, c'est une autre histoire. Hukkle est vraiment un film magnifique, à la fois d'un point de vue visuel et d'un point de vue sonore. Chaque plan est une petite merveille et le réalisateur semble avoir un don pour transformer n'importe quoi (un ragoût, une roue rouillée, une motte de terre, une machine à coudre, un silo, et j'en passe) en quelque chose de beau et de significatif. Ca fonctionne beaucoup à coups de très gros plans, mais certains plans plus larges et certains mouvements de caméra sont également magnifiques. Les enchainements sont aussi hyper travaillés constituant soient des rapports de cause à effet, soit des associations d'idées bizarres mais vraiment réussies. Tout cela fait de Hukkle un film vraiment étrange, impression que l'absence totale de dialogues ne fait que renforncer. Seules les deux petites chansons finales viennent apporter un éclairage supplémentaire sur l'histoire.

Et le truc vraiment cool dans tout ça, c'est que ces plans ne sont pas juste une suite de jolies photos. Ils sont d'une efficacité redoutable : la scène où le pêcheur mange son poisson devant sa femme et ses 78 filles, ou encore la surenchère sonore de l'atelier de couture illustrent parfaitement la condition de ces femmes qui basculent dans le crime pour se sortir du mépris routinier dont elles sont victimes. Même quelques heures après avoir vu le film, des plans que je n'avais pas compris me revenaient à l'esprit et s'expliquaient soudainement.

Par contre, ce qu'on peut reprocher au film, c'est une certaine lenteur et une aridité sans doute liées à l'absence de dialogue et à l'aspect relativement contemplatif de certains passages, notamment ceux qui font une espèce de parrallèle entre les humains et les animaux (qui restent cependant magnifiques).

Le truc qui m'énerve, aussi, c'est qu'il y a des passages que je n'ai pas compris. J'en cite quelques-uns, au cas où quelqu'un pourrait éclairer ma lanterne. Par exemple, le fait que le vieux sur son banc hoquète sans arrêt a surement une signification quelconque, mais j'ai beau chercher, je ne vois pas. Idem pour l'avion de chasse qui passe sous le pont, ça m'étonnerait que ce soit totalement gratuit, mais je ne trouve pas d'explication.

Voilà, à part ça, le seul conseil que je puisse vous donner, c'est de ne pas aller voir Hic un soir où vous n'êtes pas en forme, parce que c'est un film qui demande quand même une certaine attention et dont le rythme lent a je pense une surprenante capacité à transformer la passivité en sommeil profond. Cela dit, ça vaut vraiment le coup de faire un petit effort.

trois commentaires:

Et bien, le banc représente l'exclusion, la mise à l'écart des vieilles personnes au banc de la société. cette injustice ne manque pas de les révolter et elles nous le font sentir (au sens propre comme au sens figuré). Ainsi, puisque les odeurs ne sont pas diffusées dans un cinéma, on utilise le hoquet comme expédient.
L'avion de chasse est un hommage rendu au groupe B52's qui fit danser de l'Angleterre à la France jusqu'au pont d'Avignon.
Profil d'une oeuvre - 02.10.03 - 15:48

La fermeture d'une parenthèse est remplacée par le graphique )
Nota - 02.10.03 - 15:51

c'était bien les B52's, je vais peut être aller le voir du coup.
Ptyx (link) - 03.10.03 - 17:13

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