Ha ha ! Blueberry ! Mythique, cette série de BD ! Enfin moi j'en suis super fan en tout cas. Un des meilleurs dessinateurs du monde, Jean Giraud / Moebius, adulé et imité par des milliers d'autres et un scénariste du genre qu'a bien la classe, Jean-Michel Charlier, ça pouvait pas donner autre chose en même temps. Enfin si, ça pouvait, mais ça l'a pas fait. Bon ben déjà, soyons clair : Blueberry, l'expérience secrète, annoncé dès le générique de début comme "loosely adapted" (qu'on pourrait traduire par "librement adapté", mais aussi par "adapté à la lose") de la BD, n'a en fait strictement rien à voir, si ce n'est le nom du héros, son nez cassé et son environnement western. Voilà, à partir de là, il faut se dire que tout a un prix, passer l'éponge et regarder le film comme si c'était une création originale (puisqu'au final c'en est une).
Et la vraie histoire du film, la voici : les mystiques indiens Chiricahua possèdent un savoir que tous envient mais auquel personne n'a jamais eu accès : le secret des plugins Winamp. Ils sont passés maîtres dans la 3D pourrie, dominent leur mère en fractales et déchirent des slips grands comme le Nouveau-Mexique en Open GL. Alors évidemment, les autres (et notamment le méchant Michael Madsen et son allié de circonstance germanique), avec leur petit Texte Défilant Windows à rouler, ils font un peu la gueule, et ils aimeraient bien mettre la main sur le Geiss des indiens. Mais bon, ça va pas se passer comme ça, parce que Blueberry Cassel est l'ami des Chiricahua et il va euh... en fait il va les laisser se démerder et rejoindre toute la clique des chasseurs de trésor pour un grand final psychédélique durant lequel il apprendra à ouvrir ses chacras et à trouver la paix vis-à-vis de lui-même et de son Némésis (Michael "Némésis" Madsen). En fait je sais plus si on peut dire son Némésis quand la déesse a des couilles, ou si on doit quand même dire sa Némésis, mais c'est pas grave, vous voyez l'idée. Quoi qu'il en soit, pour régler son compte à ce scénario foudroyant, Jan Kounen n'y est pas allé par quatre chemins : une première partie un peu chiante mais acceptable, et une deuxième partie à chier des clous rouillés. Fluorescents, les clous, mais rouillés quand même. Et puis même, c'est pas fait pour passer par là.
Bon, en vrai, le début est pas si mal, et on arrive même à se faire à l'idée de voir Vincent Cassel habillé en cowboy. Ca flirt un petit peu du côté des westerns spaghetti, avec un certain accent mis sur les gueules et quelques plans d'ensemble bien classes, sur fond de poussière et de paysages rocailleux. Les dialogues sont pas transcendants, mais certains acteurs (y compris Cassel, comme quoi...) ont suffisamment de présence pour compenser. Par contre, le vrai truc relou, c'est que Jan Kounen doit se nourrir essentiellement de sauterelles vivantes et a par conséquent beaucoup de mal à laisser sa caméra en place. Du coup, si un plan fait plus de trois secondes, ça l'énerve, il coupe. Ou alors, si il faut vraiment que ça dure un peu, il fait une espèce de travelling-zoom-avant-zoom-arrière-accéléré-ralenti-en hélicoptère. Et bon, ça va cinq minutes, mais à un moment on a envie de lui dire "hey, Jan, c'est bon, on a vu ce que tu fais avec une caméra, t'arrêtes maintenant !". J'ai même vu des phases à la X-Or, avec des gros zooms sur la gueule du mec qui vient de dire un truc important. Et des trucs à la Half Past Dead aussi. Bon, je crache un peu dans la soupe, parce que c'est quand même souvent bien foutu, mais on sent vraiment qu'il arrête pas de se la péter gratuitement et que mine de rien ça tombe à plat un paquet de fois.
Mais bon, tout ça n'est rien à côté de la fin : après avoir cherché pendant tout le film une carte pourrie censée les mener au trésor caché des indiens (les mille-pattes en 3D, quoi), tous les protagonistes finissent par se retrouver dans le lieu où il est caché, alors qu'un seul d'entre eux a la carte. C'était bien la peine de nous emmerder pendant une heure et demie. Mais bon, passons. Donc ils sont là, dans une grotte bizarre, et ils prennent des drogues pour faire la paix et que Vincent Cassel puisse enfin se taper Juliette Lewis sous l'eau, dans une scène assez proche d'un film de cul lesbien des annés 80 (si on accepte l'idée d'un film lesbien avec Vincent Cassel). D'ailleurs, l'autre scène "d'amour" du film est tout aussi naze. Enfin en tout cas ils ont pas l'air de s'amuser beaucoup. Non mais le truc mortel et absolument inoubliable, c'est la scène de trip de Madsen et Cassel. Y a bien quinze minutes d'effets pourris en 3D, avec des mille-pattes, des araignées, des serpents et des crocodiles qui se croisent dans des compositions plus ou moins symétriques, entrecoupées de scènes où les personnages voient des aliens sortir de leur tête et chanter la macarena (remixée par Trent Reznor). C'est juste incroyable. Au bout de cinq minutes, je me disais "hey, Jan, t'as un film à finir je te rappelle". Et au bout de dix, je me marrais. Mais c'est vraiment à voir, fallait oser.
Bon enfin voilà quoi, c'est pas la peine que je vous fasse un dessin, j'ai trouvé ça bien mauvais. Pas totalement pourri, parce qu'il y a quelques bons trucs dans la première partie, mais tellement faussement spirituel (ouais parce que un trip de LSD, enfin de LSD bio, y a vraiment que Brett Michaels pour trouver ça spirituel, et encore, il faut qu'il ait pas mal picolé avant) et autosatisfait (ça se dit pas ça hein, je crois) que j'ai juste envie de continuer à en rigoler pendant des heures. Mais je peux pas, donc je vais m'arrêter là et vous laisser méditer sur cette formule certes éculée mais néanmoins d'actualité : la drogue, c'est d'la merde.
22 commentaires:
Et avec quelques 40 millions € de budget, on voit que Kounen il se fournit chez les dealers haute gamme.
Guillaume () - 12.02.04 - 19:26
Ho ben finalement ça a l'air cool !
Rien que voir des aliens sortir de la tronche à CAssel, je trouve que ça vaut le détour. Me louerais bien ça en dvd, un soir spécial série B.
Il n'empèche, je trouve le parcour de CAssel assez incroyable, du film d'auteur à la série pourrave.
Dans ma naïveté innocente, j'avias l'impression que l'acteur de base suivait généralement le cheminement inverse, passant du second rôle alimentaire à la composition d'art et d'essais... Ben non, suis-je innocente tout de même ?
Lledelwin () - 12.02.04 - 22:33
Cassel le Vin Diesel français !
bien content que ça soit une daube ce film... pour une fois j'aurais eu le nez creu
moustic (link) - 13.02.04 - 00:31
Lledelwin : 40 millions d'euros de budget, ça fait un peu cher la série B quand même :)
moustic : moi je trouve que Vin Diesel joue mieux. Par contre il choisit ENCORE moins bien ses films !
Brice (link) - 13.02.04 - 01:04
Elle tue ta critique Cacomoule j'en ris encore et ca m'a donné envie de voir cette merde.
Pour la petite histoire. Le truc c'est que Kounen en plein milieu du tournage, alors que la famille de Charlier remuait la terre entière pour empécher le film de se faire (et on comprend pourquoi), est partie en amazonie faire un documentaire sur des indiens.
Là bas il a pas mal taté la spiritualité de la tribu et il en est revenu avec trois caisses de champignons. Il a filé une caisse au producteur et a gardé les deux autres pour le reste de l'équipe, aprés ils se sont remis au travail.
Ptyx (link) - 13.02.04 - 07:34
Ouais, je connais cette histoire de champignons. Enfin en fait c'est pas des champis, c'est une plante, et il va organiser un festival sur le sujet, d'après mes sources. Ca promet.
Brice - 13.02.04 - 09:30
Ben moi je dirais que 1.5/5, ça fait au moins 1 point de trop sur mon échelle de valeur... quand je repense à cette dernière demi-heure, grrrr, ça me donne envie d'aller voir les Rivières Pourpres 2, c'est dire... :
godspeed - 13.02.04 - 15:12
Grand fan de Blueberry devant l'Eternel (c'est une image), j'ai pas l'impression que j'irai le voir, ce truc. Le DVD, donc, oui, peut-être. Faut quand même savoir qu'il a bien failli ne pas s'appeler "Blueberry" du tout, ce film ! (ou alors en tout tout petit, en bas, à gauche). Alors quel intérêt ? Les amateurs de la bd ont le sentiment de se faire avoir, et ceux qui l'ont jamais lue vont en avoir une idée complètement fausse. Le "loosely adapted", c'est vraiment un concept de faux-derche. Est-ce que Kubrick a losely adapté "Orange mécanique"? Ben non, il en a fait un film, lui.
PyD
Pyderman - 14.02.04 - 14:00
Blueberry(mon dieu cette b.d)...brille surtout par la qualitée des critiques ...c'est un veritable festival ...elles sont toutes hilarantes..rendont grace à J.Kounen d'avoir su inspiré d'aussi bon textes :0)....par contre encore une tres bonne b.d sacrifiée ....ce film n'aurait pas du s'appeler "Blueberry";c'est triste et franchement pathetique.
Luk-illus () (link) - 17.02.04 - 16:35
J'adore ta critique du film, en tout cas j'ai bien ri et j'en avais hyper besoin ce soir. Merci.
bigcrado - 17.02.04 - 22:12
Bon j'avais pas lu ta critique, mais seulement les commentaires parce que je voulais voir le film avant. Mais comme j'ai décidé que finalement j'avais pas le temps, j'ai lu ta critique. (Et sinon j'ai mangé une pomme)
Je voulais dire deux trucs :
- j'me suis bien marrée
- c'est rigolo parce que Peter Fondu (le "critique" ciné de ouifm pour ceux qui connaissent pas)- Et dieu sait si je déteste ce mec - m'avait fait sourire en comparant les trips sous lsd aux fonds d'écrans windows. Mais toi c'est mieux fait.
- Jan Kounen il a horreur des plans de plus de trois secondes, il avait déjà fait ça dans Doberman, et je me souviens d'une interview de Kassovitz - qui tournait Assassin(s) à l'époque - qui était fou d'admiration devant lui en disant "ouais jan il tourne 20 plans quand j'en tourne à peine un seul, il a grave la classe". Voilà. Tu vas me dire que c'est pas forcément intéressant mais je tenais à placer le fait que je me souviens d'une interview dans Première d'il y a 7 ans et je suis super fière.
- Finalement y'avait 4 points.
gaelle () (link) - 19.02.04 - 13:31
Si on m'avait dit qu'un jour j'utiliserais le même angle que Peter Fondu pour écrire un commentaire de film tout en me croyant original, je pense que j'aurais même pas commencé ce blog... :)
Brice - 19.02.04 - 16:07
huhu :)
pardon ! "Mais toi c'est pas pareil, toi c'est bien !"
gaelle - 19.02.04 - 19:22
-Coupez, on passe à la suivante.
-JAn arrête, tout le monde a bouffé des champis. on en peut plus..
-NOn on peut aller encore plus vite ! J'ai parié à Mathieu que j'allais battre mon record. Ce puceau me talonne sec sur Gothika
-Oh putain je crois qu'on peut aller sur Pluton les mecs.
-Tiens bon Vincent on va y arriver
Ptyx (link) - 20.02.04 - 18:17
Ben moi j'ai vraiment adoré ce film voyez vous... Les chamanes ont pour moi ce pouvoir de rentrer en contact avec l'autre monde par les plantes (la nature).
Mais vous, hommes civilisés (manipulés,moutons) vous ne pouvez certainement pas comprendre.
Un film à voir, ça aurait pu être une histoire vraie.
ouvretesyeux... - 19.03.04 - 00:31
Ouais enfin t'es quand même bien à l'aise avec Internet, pour un homme des bois...
Brice - 19.03.04 - 00:48
A part critiquer, tu fait quoi dans ta putain de vie ?
MORISSET () - 02.01.06 - 14:21
Morisset : je réponds à des putain de commentaires bourrés de putain de fautes.
Brice (link) - 02.01.06 - 20:00
y a un "s" à putain?
vince - 23.03.06 - 10:24
Yo men! Real good stuff! Appreciate it men! http://rik.tag-host.com/13254894/ http://blog.investing.com/viagrarx/
rose56 () (link) - 02.04.06 - 14:32
But joint bottom online poker weak http://www.mandsstudiopa.com cut rake?
online poker () (link) - 12.05.06 - 19:03
Les trips hallucinogènes type serpents/scolopendre/araignées n'ont rien à voir avec la culture shamanique: ça c'est les effets des produits sur les petits blancs (avec du lsd t'auras peut-être les mêmes efftets). Il faut des années d'apprentissage, des semaines de jeun seul en forêt, pour devenir un shaman et ces autres mondes ne sont pas peuplés de créatures sorties du delirium tremens d'un alcolo en phase terminal. C'est lié à des croyances animistes, à la vie sociale de chaque "tribu" aux mythes par ex..
pp
pparh () (link) - 14.03.07 - 11:06