G

Cacochyme

22.02.04

Podium (3/5)

J'aime bien Pouèllevourde, moi. Bon, pas au point d'être allé voir Le Boulet, quand même, il me reste un peu de dignité, mais ça a failli. Malgré tout, je m'attendais pas non plus à un truc transcendant en allant voir Podium, et au final je n'ai été ni déçu, ni agréablement surpris.

L'histoire est assez classique et je pense qu'on peut retrouver exactement la même trame dans un paquet de comédies, françaises ou non. En gros, un personnage principal qui a un choix à faire entre une carrière pleine de promesses et une femme qui y est un peu (voire beaucoup) opposée. Mais bon, heureusement, l'originalité ne vient pas de là, mais plutôt de la vision qu'a le réalisateur de l'univers qu'il décrit. En effet, Yann Moix pose un regard assez violent sur le monde des sosies et des adorateurs de Claude François : ça va de leur mode de vie à au côté un peu médiocre des tournées allant de la foire aux boudins d'Yvon-sur-Yvette à la représentation exceptionnelle sur le parking du Leroy Merlin du Plessis-les-Chameleaux, et toutes sortes de détails du même accabit. Mais en même temps, malgré tous les gags tape-à-l'oeil et une bonne dose de méchanceté, on perçoit aussi une certaine normalité, une dose de "ma vie n'est pas pire qu'une autre" émanant du personnage principal, incarné par Benoît Poelvoorde. Des scènes comme celle du psy mettent l'accent sur le côté lucide de Bernard Frédéric, sosie de Claude François certes, mais sachant où s'arrête sa passion et où commence son show. C'est à mon sens cette petite nuance qui préserve Podium de l'étiquette "grosse farce à la française" qui le menace parfois.

Ceci dit, les réalisateur a beau tenter d'amener ces nuances au film, il n'y serait sans doute pas arrivé sans Poelvoorde. Je l'ai déjà dit, j'aime bien ce mec, et dans Podium, il rayonne vraiment. Bien sûr, on a droit à quelques phases typiques mettant en exergue les aspects à la fois mégalo et médiocre du personnage, mais pour une fois (si l'on excepte le cas un peu particulier de C'est arrivé près de chez vous), le registre de jeu de Poelvoorde s'étoffe considérablement et ça m'a fait plaisir de le voir exceller dans des scènes assez inhabituelles pour lui. Coup de chapeau, donc, parce que le film aurait eu beaucoup de mal sans sa présence.

Enfin bon, malgré tous les efforts de mon pote Benoît, il y a quand même pas mal de trucs que j'ai trouvés un peu nazes dans le film. D'abord, comme je l'ai dit plus haut, la structure du scénario pue un peu le déjà-vu-mille-fois. Ensuite, et c'est en fait ce qui m'a le plus gêné, on a souvent l'impression que Yann Moix se fait un peu dessus et n'ose pas aller au bout des choses. C'est peut-être moi qui perçois mal son intention initiale, mais le côté féroce de Podium, qui est une de ses qualités, s'exerce parfois de manière un peu facile. En gros, il n'a aucun problème à être féroce vis à vis les sosies, du pseudo-Polnareff incarné par Jean-Paul Rouve ou encore des travers de mec de base de Bernard Frédéric, mais dès qu'il s'attaque à des choses un peu plus balaises, on sent que le réalisateur a du mal. Par exemple, Evelyne Thomas, qui dans le film joue son propre rôle, organise un concours de sosies auquel va participer le personnage principal. Et curieusement, alors que Yann Moix ne semble avoir aucun mal à appuyer sur le cas de l'ex-bernadette (les claudettes de Bernard Frédéric) enfermée dans ses souvenirs, il ne prend même pas le temps d'une scène pour s'occuper du cas de la présentatrice, ou plus largement de la télé, qui vit pourtant des éléments que parodie le film et les encourage de façon assez cynique. Bref, il s'attaque facilement aux individus, mais semble un peu timide avec les systèmes et les mécanismes qui les influencent. En même temps, il fallait bien qu'Évelyne Thomas accepte de jouer dans le film, hein, il faut savoir faire des sacrifices...

Ce que je reproche donc à Podium, c'est, malgré quelques éléments très bien vus et une dimension comique incontestable, son manque d'audace dans tous les domaines, qu'il s'agisse du scénario ou de la satire elle-même. Heureusement, les acteurs (j'ai oublié de citer Julie Depardieu, que je commence à bien aimer depuis La Petite Lili) trouvent bien leurs marques dans le film et l'univers dans lequel ils évoluent est suffisamment original et nuancé pour m'avoir laissé une impression assez favorable en sortant de la salle.

trois commentaires:

ben, valà, il chronique bien le salop

moi je pense pareil que lui :)

(sinon, oui, moi je le dis, putain julie depardieu, elle est vraiment magnifique, ouah)
chocapic - 23.02.04 - 21:11

C'est vrai, cela dit en faisant juste une scène rapide sur la télé, qui mériterait des heures et des heures tant le sujet est vaste, complexe et vicieux, il aurait couru le risque de pondre un truc insipide et en demie-teinte (et puis aussi, un peu hors-propos).

Mais sinon je suis d'accord, et puis j'ai bien aimé le film.
ak (link) - 28.02.04 - 00:35

AK : T'as raison, mais il aurait peut-être au moins pu se dispenser de cette espèce de complaisance. Enfin je trouve.
Brice - 28.02.04 - 02:00

Nom :
E-mail :
URL :
Commentaire : 
 



Pour que votre commentaire soit publié, vous devez taper le mot de passe. Le mot de passe est cuboméduse. Je sais que vous pouvez y arriver.

Small print: All html tags except <b> and <i> will be removed from your comment. You can make links by just typing the url or mail-address.