G

Cacochyme

26.02.04

Massaot James be'eretz hakodesh (3/5)

Le Voyage de James à Jérusalem, c'est pile le genre de film qui peut vraiment m'emballer. J'adore les histoires qui, l'air de pas y toucher, y touchent quand même, les espèces de petits contes philosophiques ou encore les paraboles joyeuses sur un sujet grave. Et l'idée de ce film israëlien rejoint un peu tout ça : placer un personnage "pur" (c'est à dire naïf, plein d'idéaux et totalement intègre) dans un environnement qu'il idéalisait mais qui lui en fait baver.

Le personnage en question, c'est James, venu d'un pays indéterminé d'Afrique noire, chrétien fervent, et désirant se rendre à Jérusalem en pélerinage. L'environnement, c'est l'Israël d'aujourd'hui, à savoir un pays capitaliste développé, une société de consommation à l'occidentale et, bien sûr, tout ce qui fait qu'il est très différent de ce que James imaginait à son départ. Du coup, quand il arrive à la frontière, il est immédiatement suspecté de vouloir s'installer dans le pays irrégulièrement, et mis en prison en attendant son expulsion. C'est alors qu'un israëlien intervient et le sort de là. Mais évidemment, c'est pas gratos : James va devoir bosser dans les conditions de travail idylliques d'un ouvrier clandestin.

Tout l'enjeu du film est de montrer, avec un ton proche d'un conte, l'influence corruptrice de cet environnement peu reluisant sur un esprit au départ totalement pur. En gros, notre pote James, de moins en moins candide (mais quand même toujours un peu, sinon c'est pas drôle), va se ramasser sur la gueule tout ce que la société israëlienne (mais c'est évidemment extensible à toute société occidentale) abrite de pièges et de médiocrité. Autant dire qu'il va pas avoir trop le temps de rigoler. Globalement, tout ça est bien foutu, même si on sans bien que sans la présence rayonnante de Siyabonga Melongisi Shibe, qui incarne James, le film aurait eu toutes les chances de se vautrer. Mais bon, le casting, ça fait partie du jeu, alors on va pas cracher dans la soupe. En fait, le vrai problème de ce Voyage, c'est qu'il est écrit avec un stylo de sept tonnes : tout est énorme, et malgré tous les éléments très bien vus qui se succèdent au cours du scénario, il n'y a que peu de nuance dans le propos. Les évolutions du personnage principal, qui constituent quasiment le seul ressort de l'intrigue sont assez brutales (la scène où il distribue l'argent l'illustre parfaitement), et on comprend du coup relativement vite ce qui va se passer. Ca casse un peu tout, quoi.

Bon, évidemment, ça n'enlève rien à l'originalité du Voyage de James ni à son ton agréable et intelligent, mais ça réduit fortement l'efficacité de l'intrigue. Ceci dit, vu ce qui sort en ce moment au cinéma, je pense que c'est quand même assez rafraîchissant pour se laisser tenter. Enfin moi je regrette pas.

trois commentaires:

Avec un peu de recul, ce film est un support éducatif génial. Je suis pas trop partisante du "grossissons tout pour que le spectacteur voit ce qui est bien et ce qui ne l'est pas" mais auprès d'un public plus jeune, il peut vraiment avoir un impact et amener à un dialogue intéressant.
Moins sur un public plus agé qui sera d'abord choqué par son côté totalement manichéen avant d'y voir une leçon quelconque.
gaelle - 26.02.04 - 21:00

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