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Cacochyme


Capturing The Friedmans (4/5)

Capturing The FriedmansY a quand même une dimension totalement absurde à mes retards phénoménaux dans l'écriture de mes commentaires. Là, par exemple, je vais parler d'un film qui ne passe probablement plus nulle part. Notez bien que personnellement je m'en fous, puisque moi je l'ai vu, mais bon, je peux pas m'empêcher de me dire que c'est un peu débile (ce qui est plutôt pour me plaire, en fait). Mais le problème avec ce film, c'est que j'ai l'impression de ne pas avoir grand chose à dire dessus, alors que je l'ai trouvé vachement bien. Il s'agit d'un documentaire sur une histoire assez délicate puisqu'elle concerne une affaire de pédophilie dans laquelle un père et l'un des fils ont été impliqués et condamnés. Le réalisateur s'est servi à la fois d'interviews filmées bien après le procès et d'extraits de films de famille enregistrés par un autre des fils de l'accusé principal. Du point de vue de la forme, ça donne un truc assez sympa, qui renforce un aspect très bien foutu du documentaire que j'évoquerai plus bas si j'oublie pas.

Ce qui a déclenché toute l'affaire, c'est le fait qu'un flic découvre qu'un certain Arnold Friedman, professeur réputé vivant dans un quartier huppé, se fasse envoyer des Pays-Bas des revues pédophiles. Au cours de la perquisition, des tonnes de revues du même genre sont découvertes chez lui, à la surprise (en tout cas c'est ce qu'il semble) de sa femme et de ses trois enfants. La police met également la main sur une liste de noms qui se révèle être celle des élèves à qui Arnold Friedman donne des cours d'informatiques chez lui. Elle se met alors à le suspecter d'avoir abusé d'eux. Bref, au final, Friedman se retrouve avec des dizaines de témoignages assez embarrassants contre lui et son fils Jesse.

Je vais pas vous raconter tout le documentaire mais en gros on peut dire qu'il s'attarde sur plusieurs points : le premier est l'affaire en elle-même. Les témoignages, les méthodes d'investigation de la police, les confessions et les déments d'Arnold Friedman et de son fils, le déroulement du procès, bref, presque tous les éléments sont passés en revue. Tout l'intérêt et la finesse du film reposent dans le fait que, si Arnold Friedman est indéniablement pédophile, il a a priori (selon la thèse du documentaire, bien que celui-ci ne soit pas particulièrement prosélyte) été un peu trop chargé par rapport à ce qui s'est passé. Certains témoignages se révèlent faibles, voire faux de l'aveu même de leurs auteurs, et bien d'autres éléments viennent mettre en doute la version finalement "officialisée" par le procès. Il y a d'ailleurs dans cette thèse un côté provocant, dans le bon sens du terme : est-ce qu'on peut trop charger un mec qui a commis des crimes d'une telle ampleur, parmi ceux qui provoquent le plus d'émotion dans nos sociétés ? La question n'est pas ouvertement posée, mais elle s'impose au spectateur à mesure que les incertitudes s'accumulent autour de l'affaire Friedman. j'ai trouvé ça extrêmement bien amené, et c'est encore renforcé par le deuxième gros point traité dans le film, à savoir la vie de famille des Friedman. Dès le début du film, on a quelques repère biographiques concernant les cinq protagonistes (le père, la mère et les trois enfants), mais c'est lors de la liberté conditionnelle des accusés en attente de procès que cette dimension se révèle réellement. La mère doute de son mari, et les trois enfants soutiennent leur père de manière inconditionnelle. Ca crée évidemment une rupture bizarre dans la famille, et ça fait ressortir les dysfonctionnements bizarres au sein du foyer mais aussi son côté "normal". Dans ce domaine, les films amateurs du fils aîné se révèlent être des documents exceptionnels, puisqu'ils offrent une vision de l'affaire sous un angle très inhabituel, à savoir celui de la famille de l'accusé.

Et au final, l'impression ressentie en sortant du film est celle d'une incertitude quasi totale. On se sait pas ce qui s'est réellement passé, et on ne le saura probablement jamais. Les témoignages se contredisent, les aveux également, et il semble que tout le monde ait, à des degrés divers, quelque chose à se reprocher. C'est là la grande force de Capturing The Friedmans : il ne prêche pas pour des convertis et amène en finesse le spectateur à se poser des questions allant un peu au-delà de "faut-il castrer les pédophiles". Dans le même ordre d'idée, la question de la fiabilité de la justice est omniprésente et, même si ce n'est absolument pas évoqué dans le film, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un parallèle avec le débat sur la peine de mort. Quoi qu'il en soit, j'ai trouvé ce documentaire assez inhabituel et pour tout dire plutôt impressionnant.

trois commentaires:

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