Dès le départ, j'étais un peu sceptique. J'avais pas mal entendu parler du film avant d'aller le voir et personnellement, un mec qui se bousille à coups de Big Macs, j'avais du mal à y croire, ayant moi même pratiqué la junk overdose à plusieurs reprises. Et en fait, dès le début du film, le biais se confirme : que Morgan Spurlock décide de manger chez Mc Donald's matin, midi et soir, c'est "normal", c'est l'idée de base de son film. Par contre, il y a des précisions à apporter. Déjà, il mange tout ce qu'on lui donne : il met toute la sauce des salades, tout le sirop d'érable sur ses pancakes et accepte à chaque fois qu'on lui propose la Super Size (un truc créé par Satan dans un grand jour : deux litres de coca, 250 grammes de frites et un gros burger, auxquels Spurlock ajoute invariablement un dessert). Ensuite, ça vaut quand même la peine de revenir un peu sur sa vie avant l'expérience et sur ce qu'il change dans ses habitudes à partir du moment où il commence son film. Il passe de repas super équilibrés (il mange de la viande mais sa copine est chef végétalienne) et d'un train de vie assez sportif (les examens qu'il passe chez plusieurs médecins avant de tenter son expérience montrent qu'il est plus qu'en forme) à un régime Mc Do accompagné d'une limite quotidienne de marche à pied. Autrement dit, il porte un podomètre en permanence et, dès qu'il atteint le nombre de pas effectués en une journée par l'américain moyen, il prend un taxi. Notons également que c'est à la base un petit joueur qui vomit son menu après trois jours de régime fast food. Par ailleurs, on peut assez facilement déduire des différentes interventions de médecins et diététiciens qui parsèment Super Size Me que l'effet serait assez proche s'il mangeait tout simplement matin midi et soir au resto, Mc Do ou pas.
Ceci dit, même si le biais est évident, on peut difficilement le lui reprocher, puisque'il le signale lui même dans son film. Alors évidemment, ça limite un peu la portée de cette charge anti-fast food, mais l'intérêt subsiste à plusieurs niveaux. D'abord, c'est assez drôle. Le réalisateur / cobaye ne se prend pas trop au sérieux (ou en tout cas il le cache bien) et ça confère un côté sympa au film, renforcé par l'utilisation de petites animations marrantes destinées à expliquer certains faits un peu durs à digérer à l'état brut (des stats et des calculs caloriques, notamment). Et puis, mine de rien, on apprend pas mal de choses en marge du sujet : que ce soit sur l'industrie agro-alimentaire et ses pratiques, sur la gestion des cantines des écoles américaines (mais je ne vois pas en quoi ce serait fondamentalement différent en France, puisqu'on y retrouve au moins l'une des principales sociétés fournisseuses), sur notre alimentation en général, sur les intéressantes propriétés du sucre ou encore sur la montée des maladies et du nombre de décès causés par l'excès ou le manque d'équlibre de la nourriture qu'on consomme, la somme d'infos est assez satisfaisante. Quant à la qualité de la réalisation, elle réside intégralement dans la transparence que j'ai déjà évoquée : même si on peut ne pas être complètement convaincu par ce que cherche à démontrer Spurlock, on n'a pas vraiment l'impression qu'il essaye de nous manipuler en nous cachant des éléments, ce qui est déjà une bonne chose. Dans le genre, il nous présente même un mec d'une quarantaine d'années (voire un peu plus) qui mange je ne sais plus combien de Big Macs par jour et se porte comme un charme. Et un charme relativement mince, même.
Au bout du compte, le film fonctionne mieux comme un documentaire sur les mauvaises habitudes alimentaires et le manque d'exercice croissants de nos sociétés que comme brûlot anti-Mc Do. D'ailleurs, le truc marrant, c'est que même si Super Size Me m'a un peu fait réfléchir sur ce que j'ai l'habitude de bouffer (même au-delà de la junk food), j'avais une envie phénoménale d'un énorme Big Mac en sortant de la salle. Du coup, je ne sais pas si on peut dire que la mission de Morgan Spurlock est réellement accomplie, mais son film est indéniablement sympathique et intéressant.
cinq commentaires:
Salut,
Merci pour ton inscription sur Paname Ensemble, la carte des bloggers parisiens.
TRès sympa ton blog de critiques de cinéma.
a+
Clems
Clems () (link) - 14.07.04 - 18:41
Merde, j'ai oublié de dire qu'il y avait un morceau de Wesley Willis dans la BO. Et c'est pas I'm Sorry That I Got Fat, c'est Rock'n'Roll McDonald's.
Brice (link) - 16.07.04 - 09:20
J'ai jamais vu de sodas, de chips, d'oignons fris, de mars (etc), de parts de pizza pour 4 et j'en passe dans les cantines françaises.
J'ai pas vu de carottes rapées, de lentilles et de cette merveilleuse macédoine de légumes dans les cantines américaines...
LéO - 17.07.04 - 16:11
Ben je sais pas pour toi, mais dans mon collège et mon lycée y avait des sodas, le choix entre plusieurs plats et aucun contrôle de ce que tu mangeais.
Et puis je ne parlais pas que de ça, mais aussi du fonctionnement des cantines qui servent de plus en plus de bouffe industrielle, etc. Je voudrais pas savoir comment sont faits les oeufs mimosas livrés tout prêts par la Sodexho, par exemple.
Brice (link) - 17.07.04 - 16:29
Ceci dit, faire de la bouffe "fraiche" pour 600 personnes tous les jours, c'est chaud.
A mon taf, (donc cantine "industrielle") qui est aussi fourni par un sodexho quelconque, il y a quand même des produits frais en entrée par exemple, mais les plats principaux, quand ce sont des légumes, ils sont infames parce que c'est de la grosse quantité et ça en devient immangeable.
gaelle - 17.07.04 - 18:12