Bientôt Noël et vous êtes déjà tous en train de vous demander ce que vous allez pouvoir offrir aux membres de votre entourage trop éloignés pour savoir exactement quoi leur acheter et trop proches pour faire semblant d'avoir oublié. Heureusement, j'arrive et, pour vous aider, je vous parle de six films tellement en retard qu'ils vont probablement pas tarder à sortir en DVD. J'en profite aussi pour vous signaler, au cas où vous auriez envie de m'envoyer une carte postale de félicitations, que ce blog a officiellement deux ans et officieusement deux ans et demi. Bon, trêve de mondanités, passons aux choses sérieuses (quoique bâclées).
The Manchurian Candidate (3/5) : remake d'un film de John Frankenheimer par Jonathan Demme, réalisateur du Silence des agneaux, Un crime dans la tête comportait plein d'éléments susceptibles d'emporter mon adhésion totale, à savoir de l'hypnose, de la manipulation mentale, des théories conspirationnistes et des machinations politiques. Par contre, il avait aussi quelques défauts, parmi lesquels on peut citer Denzel Washington, que j'ai beaucoup aimé dans certains films et à qui je reconnais d'indéniables qualités d'acteur, mais qui m'énerve considérablement par sa propension à jouer les bons noirs intègres de service, militaires de préférence. Dans ce film, donc, mon pote Denzel joue le rôle d'un militaire américain intègre (on se refait pas) qui se retrouve impliqué dans une conspiration politique mêlant manipulation mentale, hypnose, chirurgie cérébrale et Meryl Streep. Je me moque un peu, mais en fait c'est plutôt bien ficelé, même si on ne peut s'empêcher, au final, de se laisser aller à un "tout ça pour ça !" de rigueur. À mon avis, y avait largement moyen d'épurer un peu tout ça en virant les éléments les moins crédibles du scénario (les puces et les implants cérébraux, notamment) et en se concentrant sur l'hypnose et les aspects politiques de l'histoire, qui auraient gagné à être creusés davantage. Mais bon, ça reste plutôt sympa et Denzel Washington m'a pas tant énervé que ça, ce qui est plutôt bon signe.
Genesis (2.5/5) : écrit et réalisé par Claude Nuridsany et Marie Pérennou, auteurs et réalisateurs de Microcosmos, Genesis raconte l'histoire de la vie en filmant des éléments actuels et en s'appuyant sur un texte plus ou moins métaphorique permettant d'illustrer le propos par des images de grenouilles et de périophtalmes sans avoir l'air trop cheap. Ca marche plutôt bien, le commentaire est moins artistico-naze qu'on aurait pu le craindre et les images sont clairement magnifiques. On reste un peu en-dessous de Microcosmos ou de Deep Blue de ce côté là, mais c'est quand même très beau. Par contre, si vous vouliez en apprendre beaucoup sur la vie et l'évolution, passez votre chemin. Je ne suis pas sorti plus cultivé de la séance de Genesis, mais la beauté et l'humour des images ont suffi à me faire passer un moment plutôt agréable.
Un long dimanche de fiançailles (4/5) : je flippais vraiment d'être très déçu en allant voir ce film. J'avais lu plein de trucs, des critiques, des posts de blogueurs, un ou deux articles et tout ce que je craignais y était rassemblé, souvent en plusieurs exemplaires. Et pourtant, malgré mes réticences, malgré mon a priori négatif, j'ai beaucoup aimé ce Long dimanche de fiançailles. Alors bon, OK, le filtre jaune sur le "présent" est un peu naze, mais n'importe qui d'autre que Jeunet aurait fait la même chose, personne ne s'en serait plaint. Là, il se trouve que ça fait un peu redondant avec l'atmosphère d'Amélie Poulain, et que cette impression est encore renforcée par la façon dont le narrateur s'attarde sur des tas de petits détails du quotidien, élement qui faisait lui aussi en grande partie l'indentité du précédent long métrage du réalisateur. Cela dit, je ne vois pas de raison intrinsèque de critiquer ces détails, à part pour dire que Jean-Pierre Jeunet joue la sécurité en réutilisant les recettes qui ont bien fonctionné avec Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Par contre, à côté de ça, des risques, il en prend. La plupart des films basés sur le concept narratif d'Un long dimanche de fiançailles, à savoir la révélation d'une histoire par petits bouts, parmi lesquels certains sont faux et se trouvent démentis plus tard par un nouvel intervenant, deviennent chiants et / ou énervants très rapidement, ce qui n'est absolument pas le cas ici, le récit étant vraiment super bien mené. Par ailleurs, comme d'habitude, c'est filmé avec beaucoup de maîtrise et d'ingéniosité, rempli de plans magnifiques (abusant cependant parfois un peu du numérique) et esthétiquement souvent impressionnant (même si, OK, l'idée du filtre jaune n'est pas forcément la trouvaille du siècle). Et à côté de ça, on a un choix et une direction d'acteurs quasiment irréprochables (la plus grande faiblesse dans ce domaine étant probablement, de façon ironique, Audrey Tautou, que j'aime bien mais qui se voit cantonnée dans un rôle très proche d'Amélie Poulain), des poilus vraiment très classes (si on peut dire) et très peu de personnages fades. On a aussi beaucoup reproché à ce film son manque d'émotions et une fois de plus je ne suis pas du tout d'accord. Si l'émotion, dans un film, passe par une montée de violons au moment propice, des gros plans tire-larmes et du pathos étalé façon marée noire, alors OK, Un long dimanche de fiançailles est totalement insensible. Mais personnellement, je trouve qu'il y a, par exemple, beaucoup plus de sensibilité dans le récit du personnage de Clovis Cornillac que dans la plupart des scènes répondant à ces critères. Enfin bref, j'ai beaucoup aimé, et j'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre la façon dont certains critiques s'évertuent à trouver des tas de défauts à ce film, pour finir par avouer en traînant les pieds que ouais, c'est quand même pas mal, on peut pas dire le contraire. Pour moi, c'est juste un très bon film. J'espère juste que Jeunet va un peu changer de registre pour le prochain.
Bon, voilà pour le courrier en retard, rogntudjû. Mais j'ai aussi des trucs au rayon frais.
Dogora (2/5) : parfois, on se laisse entraîner dans des trucs pas croyables, et c'est souvent la faute de jolies filles. Par exemple, moi, je suis allé voir Dogora alors que, étant sujet quelques heures plus tôt à l'une de ces fréquentes et violentes migraines dont j'ai le secret (mais je vous le donne si vous voulez), j'avais ingurgité une demi-douzaine de grammes d'ibuprofène, détail qui se révèlera fatal dans la phrase suivante. Soyez prévenus : mon commentaire se base sur la dernière heure de ce documentaire de 80 minutes, étant donné que j'ai lutté contre le sommeil pendant les vingt premières et que j'ai pas remporté tous les rounds. Ceci dit, je pense pas que les minutes en question soient foncièrement différentes des suivantes. L'idée de Patrice Leconte était, si je ne m'abuse, de filmer plein de trucs au Cambodge et d'en faire un super beau film accompagné d'une musique originale tout aussi belle et de faire ressortir le poète et l'esthète qui résident en lui sans payer de loyer. Et bon, indéniablement, c'est beau, plein de plans mortels, de couleurs chatoyantes, de tristesse, de fatalisme et d'espoir et on sent que le réalisateur s'est fait plaisir et maîtrise un peu son boulot, mais ça reste à mon sens un peu plat. Y a pas vraiment de sens (ou alors il est super bien caché, ou dilué dans l'ibuprofène, hypothèse peu probable mais que je me dois néanmoins de mentionner) et surtout, malgré leur beauté graphique, je trouve que les images de Dogora, à quelques exceptions près, manquent un peu de force. Ce problème ressort d'autant plus qu'il contraste avec la qualité de la musique d'Étienne Perruchon, qui sauve véritablement le spectateur de l'ennui qui le guette au milieu de chaque séquence. Ca peut sans doute plaire à des personnes shootées à la contemplation, mais personnellement, si l'on excepte quelques passages ingénieux, j'ai pas trop accroché.
Dare mo shiranai (3/5) : l'histoire, tirée d'un fait réel, est singulière : au Japon, quatre enfants sont livrés à eux-mêmes dans un appartement, sous la tutelle de l'aîné âgé de douze ans, alors que leur mère les a abandonnés pour une durée indéterminée en leur laissant un peu d'argent pour subsister jusqu'à son retour. Le réalisateur a choisi de filmer cette histoire d'un point de vue assez neutre, en suivant Akira, l'aîné, dans ses pérégrinations pour subvenir aux besoins de son frère et de ses soeurs. Yûya Yagira, qui joue Akira, est clairement l'un des points forts du film, qui souffre par ailleurs de nombreuses longueurs et même d'une durée totale un peu excessive (deux heures vingt). Dans le même genre, le réalisateur a tendance à pas mal appuyer sur certains éléments alors que le spectateur les avait compris très rapidement, ce qui est à la fois frustrant et, disons le, un peu chiant quand même. Au final, je regrette un peu ces longueurs et le côté évident de la "morale", mais en étant relativement en forme c'est un film plutôt sympa, pas si mal foutu et très bien interprêté.
Coming soon : She Hate Me et House Of Flying Daggers. Ouais, je suis comme ça maintenant, je tease.
huit commentaires:
Je savais que t'allais y venir à Puddle of Mud
Dean Markley blagues qui énervent GG - 23.11.04 - 15:21
Concernant Deep Blue - je sais, c'était pas trop le propos du post, mais que veux-tu - un ami m'aurait confié l'existence d'une version spéciale AVEC commentaires techniques vachement trop cools et tout et tout. Ma mémoire ayant de fâcheuses tendances à me faire défaut malgré mon jeune âge, je tacherai de me renseigner plus avant pour vous en dire plus ; car, oui ! je sais que vous attendez tous, oui, tous, et avec impatience, des nouvelles incroyables de ce documentaire qui ne l'est pas moins.
Ous - 23.11.04 - 15:35
Deanou : I saw your mommy and your mommy's dead.
Ous : si t'as des news, ça m'intéresse.
Brice (link) - 24.11.04 - 09:33
No comment sur le Jeunet mais étonné sur ce que tu dis de Nobody Knows. Je ne vois pas du tout les "passages appuyés" dont tu parles et encore moins le "côté évident de la morale", bien au contraire...
Ca doit être les effets secondaires de l'ibuprofène... :)
godspeed (link) - 24.11.04 - 10:43
Godspeed : je trouve que la déchéance est vraiment appuyée et que le réal a un peu tendance à enchaîner des scènes qui n'ont pas beaucoup d'autre intérêt que de montrer que c'est de pire en pire, et ce sur un peu trop longtemps à mon goût. En ce qui concerne la "morale" (j'avais utilisé des guillemets exprès, en fait), il y a quand même pas mal de scènes qui mettent en exergue l'indifférence de leur entourage : (attention, spoilers) la femme du proprio qui vient, qui voit et qu'on ne revoit plus, le fait qu'ils se baladent en gueunilles dans la rue et même qu'ils croisent leurs voisins comme ça sans que personne ne s'en rende compte, la venue des nouveaux potes d'Akira dans la maison, etc.
Brice (link) - 25.11.04 - 12:09
Je suis d'accord avec toi quant à la critique de Genesis. Perso j'ai été déçu .L 'Evolution est à peine évoquée. Beaucoup d'oublis et de faits tenus pour acquis. Certes il s'agit d'un film et tout doit tenir dans 1h30 mais cela signifie qu'il ne faut pas venir avec sa bite et des questions. Cela débutait plutôt bien mais au bout de 15 minutes, le fil conducteur s'interromp pour finalement se retrouver avec un vulgaire documentaire animalier. Par contre le narrateur était fort bien choisi, le discours manquait juste de réalisme parfois.
Quant au long dimanche de fiancailles, rien à redire sur ton propos sinon insister sur l'aspect "classe" des trouffions qui sonne vraiment faux .
Marcello - 25.11.04 - 12:28
On ne m'avait pas menti (et ça ne m'étonne pas, l'ami en question est un grand fan de documentaires animaliers), une version commentée par un spécialiste est disponible sur le DVD de "La Planète Bleue". Je cite :
"Outre les deux pistes françaises (...), le premier disque nous propose de voir le film dans une version musicale encodée en 5.1. Contrairement à ce que son appellation pourrait laisser croire, cette piste ne contient pas uniquement la musique, mais aussi les effets sonores. Seule la voix off (déjà peu présente dans la bande-son originale) a été éradiquée du mixage. Une autre option permet de voir le film dans sa version commentée par François Sarano, docteur en océanographie et auteur des textes dits par Jacques Perrin. Passionnant de bout en bout, cette version permet davoir le pendant scientifique du film."
Ous - 26.11.04 - 12:50
Rapidement : d'accord pour Quand lamer monte. Mais il me semble que tu ne dois pas connaître le Nord et ses personnages. J'y ai vécu deux année de ma courte vie, plus jeune, et le film m'a renvoyé à mes souvenirs très justement, sans démagogie justement, avec une authenticité et une sincèrité évidentes. Pour ma part, j'ai été agréablement surpris. Yolande se sert de sa vie et de son personnage avec une subtilité et une poésie grandissantes. Une sorte de Charlot au féminin (bon, ok, je pousse un peu mais le film est vraiment bon, il faut l'avouer)...
Casaploum (link) - 08.12.04 - 20:12