Décidément, même quand il nous pond un film un peu fourre-tout et incontestablement brouillon, j'aime beaucoup Spike Lee. En général, lorsque je vois un film à thèse, un minimum contestataire, ou simplement un film développant des idées qui se veulent plus ou moins atypiques, j'ai tendance à me dire, que je sois d'accord ou pas sur le fond, que je connais déjà les idées en question, que je peux les rattacher à des éléments connus et même, souvent, que l'auteur ou le réalisateur prêche les convertis. Je suis un peu blasé, quoi, même quand ça m'intéresse. Par contre, les films de Spike Lee me font fréquemment l'effet inverse : ils me provoquent, remuent des trucs dans ma tête et, même quand au final la thèse ne me choque et ne me surprend pas, la façon qu'il a de présenter les choses amène mon esprit à se tortiller de façon stimulante. Et c'est d'autant plus balaise à mes yeux que, dans le cas présent, il nous parle d'enfants dans des couples homosexuels, de sexisme et de la pregnance de l'argent dans le monde actuel, sujets déjà traités des millions de fois en long, en large et en travers par le quart de la population terrestre.
Mais bon, ne nous leurrons pas, malgré cette patte que j'adore, She Hate Me ne manque pas de défauts. D'abord, c'est un foutoir innommable (dans tous les sens du terme). Le film comprend plusieurs intrigues qui se recoupent à des moments mais donnent à de multiples reprises l'impression d'être liées très artificiellement. Cela se manifeste par exemple dans une partie du discours de Jack pendant son procès, qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, mais on s'aperçoit aussi de ce problème dans plusieurs scènes du film. Heureusement, malgré ce défaut évident, le fourmillement d'idées et de scènes parallèles qui en découle partiellement permet au film de garder un rythme soutenu et de ne jamais devenir ennuyeux, malgré sa durée relativement longue (plus de deux heures et quart). On trouve également, comme souvent chez le réalisateur, un certain goût pour la provoc facile, qui se révèle parfois énervant mais qui a ici le bon goût de se transformer en petits gags sans conséquences au milieu de scènes plus réléchies et de piques bien plus profondes.
Et puis, au milieu de ce chaos permanent parvenant tant bien que mal à faire avancer le sujet, on trouve quelques purs moments de bonheur, dans des registres très différents. Tout à tour, le film de Spike Lee se révèle bourré d'intelligence (notamment dans sa façon de mêler la "petite histoire" des États-Unis à ses prises de positions pour les illustrer et leur donner tout leur poids), expert en contrepied (l'histoire du black musclé et super éduqué, au sexe impressionnant, qui se fait payer des fortunes pour mettre enceintes des lesbiennes à raison d'une demi-douzaine par soir, qui démarre comme une grosse farce machiste et qui se transforme petit à petit en charge féministe sur le mode de White Man's Burden) et doué d'un humour corrosif plongeant parfois avec brio dans le délire pur et simple (la surréaliste scène du Watergate avec apparition finale d'Oliver North). Je pourrais mentionner bien d'autres moments forts du film, comme la scène où John Turturro, qui incarne un membre de la mafia, nous offre une petite imitation du Parrain de Coppola, mais je finirais par tout spoiler comme un gros sale. Enfin bref, rien que pour ces moments là, She Hate Me vaut le coup. Et pour ne rien gâcher, il y a également, saupoudrés tout au long du film, la vision atypique de Spike Lee sur la société américaine, un humour faisant souvent mouche, même s'il devient parfois un peu répétitif (les spermatozoïdes), une mise en scène inventive et, bien sûr, cette capacité dont je parlais plus haut à faire réfléchir le spectateur en le pinçant plutôt qu'en le prenant par la main.
Alors bon, îl ne faut pas non plus s'emballer : on est loin de la maîtrise sereine de 25th Hour et certains des défauts que j'ai évoqués sont quand même un peu gênants, mais She Hate Me demeure un film réjouissant qui se démarque sur bien des points de la masse des films actuels, et ça, vous l'aurez compris, ça me plaît bien.
sept commentaires:
je m'incline et confirme, et j'en rajoutant un peu en disant que si on fait une moyenne, qualité, humour, derision, humour noir , critique acerbe, qualité visuelle, franche rigolade, bombe sexuelle, reflexion, problematique actuelle, etc..., je lui met la palme sans reflechir
archiguy (link) - 26.11.04 - 17:50
dur dur avec le film, le réalisateur met en avant la société d'aujourd'hui (société des pays riche):argent , sexe et pouvoir avec un peu d'humour. il pose le probléme des homosexuelles qui ont un poids énorme dans la vie.
le ménage à trois est "exellent", ça devrait donner des idées aux gays (pour avoir des enfants), a bon entendeur, salut!!
atysha () - 26.11.04 - 21:45
et pour info, il semblerait se confirmer que le S qui manque à hate soit du a l'argot des americains (noirs?)
source : une canadienne
archiguy - 28.11.04 - 12:13
Pour ce qui est du rap américain, en tout cas, c'est vrai qu'ils s'encombrent rarement du S. Pareil pour l'auxiliaire "have", ils savent pas le conjuguer (et pourtant c'est vraiment pas dur...)
Ous - 28.11.04 - 20:23
Ah... moi j'ai lu que le titre c'était un hommage à "La Fiancée de Frankenstein", de James Whale, où la créature bredouillait justement "She... hate... me !!". Ca me semblait sympa comme explication...
godspeed (link) - 29.11.04 - 11:06
Godspeed : dans le film, le titre du film est expliqué et ça ne vient pas de là mais de la série XFL (un mix des superstars du catch et de la ligue de football US NFL). Ou alors Spike Lee brouille les pistes. Par contre, ils parlent pas de la "faute".
Brice (link) - 29.11.04 - 15:22
SHE FUCKIN' HAAAAATE ME
Dean Markley s'inspire ici dorénavant (link) - 29.11.04 - 16:27