G

Cacochyme

03.12.04

Le poil dans ma main me sert de canne

Les deux principaux éléments qui définissent ma vie sont un cerveau élaborant une moyenne de dix projets par jour et un poil dans la main dont la longueur augmente de façon exponentielle avec l'accumulation des projets en question. Au final, ça donne un joli bordel de machins pas commencés ou pas finis et une espèce de haricot magique prenant ses racines dans la paume de ma main et pouvant héberger le quart de la population mondiale. Et là, je m'apprêtais à dire qu'il me faudrait un tailleur ou une tailleuse de haricot, mais je vous connais et je préfère vous éviter l'humiliation publique que constituerait immanquablement toute référence à cette phrase que vous pourriez tenter de faire dans les commentaires, alors je vais juste dire que j'aurais besoin d'un esclave ou d'une super secrétaire-programmeuse. Si vous êtes cool mais néanmoins discipliné(e) et prêt(e) à travailler sans autre compensation que le bonheur de servir l'un des grands génies de notre temps, écrivez-moi, le poste vous est quasiment assuré.

Voilà, maintenant que j'ai expédié l'essentiel, je peux bazarder la suite.

Le secret des poignards volants Shi mian mai fu (2.5/5) : j'avais pas du tout aimé Hero, le précédent film de Zhang Yimou et sa morale de sale impérialiste yank... euh, chinois, mais comme je suis un mec d'une intégrité remarquable, j'avais consenti à admettre que c'était plutôt beau et bien filmé, même si ça avait pas mal tendance à virevolter dans les fleurs et que c'est quand même plus facile de faire joli quand on virevolte dans les fleurs que quand on sombre dans le caca. Eh ben dans Le secret des poignards volants (quand même, merde, j'aime bien le concept des poignards volants, moi), ça virevolte moins dans les fleurs, mais c'est joli quand même. Bon, je veux pas non plus vous mentir : ça virevolte dans les bambous. Mais, sans déconner, c'est beau. Parfois la beauté coupe un peu l'intensité dramatique et rend les héros vraiment invulnérables aux yeux du spectateur (genre "haha non mais là c'est évident que les bambous pointus les toucheront pas, ca ruinerait le virevoltement et l'harmonie des couleurs"), mais globalement, on va pas se plaindre, ça défonce visuellement. Surtout au début, dans la scène de danse et dans le combat avec la danseuse / pute aveugle de niveau 22. Et là on se dit "ouah, c'est cool, c'est vachement moins chiant et vide que Hero" et tout, et paf, histoire d'amour. Bon, on se doutait bien que Jin et Mei ne se contenteraient pas de se la jouer Han Solo / Princesse Leia (ouais, je suis fan des belles analogies bien pertinentes) bien longtemps, mais je pensais pas que ça serait aussi long, chiant et midinette. Enfin bon, admettons, on se dit que ça va sûrement repartir. Eh ben en fait non. On se fait chier quand les coups de théâtre surgissent de toute part (et de nulle part), on se fait chier quand les héros baisent (et eux aussi apparemment), on se fait chier quand ils regardent le ciel d'un air grave, et on se fait chier quand (attention, je vais spoiler) Mei crève TROIS fois de suite. Et puis ils sont ridicules, à se rouler dans la neige comme ça. Du coup, c'est con, parce que j'aimais vraiment beaucoup le début, mais je peux pas cautionner ce genre de grands niais qui se roulent par terre en poussant des cris pendant que leur copine meurt trois fois sous leurs yeux. J'espère que vous admirez le côté constructif de ce commentaire.

Le grand voyage Le grand voyage (3.5/5) : bon ben voilà, je me suis encore fait attraper. Le grand voyage est un film tout con, simple, voire épuré, qui parle d'un père et d'un fils qui apprennent à se comprendre, alors que le premier est un immigré marocain musulman vivant en France et que l'autre est hyper intégré, se fout un peu de Dieu, a une copine, un téléphone portable et veut passer son bac. Et bon, le père commence à plus être tout jeune, et il veut faire son pélerinage à La Mecque, et il se trouve qu'il demande à son fils de l'y emmener, en voiture, avec pas trop d'argent, marquant ainsi le début d'un road movie de retrouvailles spirituelles. C'est tout con, hein ? Eh ben c'est quand même bien. Déjà, les acteurs sont mortels. Surtout Nicolas Cazalé, mais le niveau général est très élevé. Du coup, comme c'est écrit avec beaucoup de finesse et filmé avec discrétion et subtilité, l'alchimie fonctionne et le duo est à la fois touchant et hyper crédible. On n'a jamais l'impression que le réalisateur appuie sur le truc qui fait mal pour forcer un peu la dose d'émotion, et c'est bien agréable.

Les indestructibles The Incredibles (4.5/5) : la vraie surprise de ces derniers jours, pour moi, c'est le dernier Pixar. En général, j'aime bien ce que font ces mecs, mais ça va pas beaucoup plus loin : je note la qualité de la technique et du design, je remarque avec plaisir les petits clins d'oeil qui fonctionnent à différent degrés chez les petits et chez les grands (les moyens étant une fois de plus les mieux servis), mais ça me fait pas trépigner à la sortie. Eh ben là j'ai quand même un peu trépigné. Je sais, c'est la honte, mais j'assume mes trépignements. Le truc mortel avec les Indestructibles, c'est que pour une fois on a pas de petite morale gentillette (ou alors vraiment minuscule). Enfin, je dis "le truc mortel", mais c'est vraiment un abus de langage, parce qu'en fait y en a des dizaines, des trucs mortels. Déjà, comme d'hab', c'est techniquement hallucinant. Rien que la poursuite entre Dash et les soucoupes tueuses, avec des rotations hyper rapides dans tous les sens, les vaisseaux qui virevoltent de toute part (en coupant les fleurs et les bambous) et la vitesse générale de la scène, c'est exceptionnel. Ensuite, j'adore le design général, je trouve qu'il y a une vraie personnalité dans le "dessin" qui faisait à mon sens un peu défaut aux précédents films de Pixar, et je ne parle même pas des Disney récents ou des Dreamworks. Et puis, surtout, il y a l'inventivité bluffante des gags et la façon surprenante avec laquelle l'intrigue initiale est traitée, transformant une histoire très basique en un scénario bourré de trouvailles et de références. C'est d'ailleurs assez marrant de constater que, malgré les brouettes de films de super-héros qui sortent depuis quelques années, The Incredibles est l'un de ceux (avec, à mon avis, Unbreakable) qui offrent le traitement le plus intéressant et décalé de ce thème. De ce côté là, ça pioche un peu dans les X-Men, avec cette façon de replacer les super-héros dans le monde contemporain, mais on trouve aussi des tas de clins d'oeil à d'autres séries ou super-héros. Ceci dit, me faites pas non plus dire ce que je ne dis pas : avant toute chose, Les indestructibles est un film qui va à cent à l'heure, bourré de gags et, pour une fois, s'adressant vraiment à la fois aux enfants et aux adultes.

Tarnation Tarnation (2/5) : bon ben là ça m'embête, parce que le réalisateur / auteur / acteur de ce film a pas eu une vie facile, mais je vais quand même être obligé de lui casser un peu de sucre sur le dos, pour la forme. Pour faire vite, le film parle de sa vie, de la maladie mentale de sa mère, déclenchée semble-t-il par des cures successives d'électrochocs, de ses propres problèmes d'identité, de sa semi-maladie mentale déclenchée semble-t-il par deux joints au PCP, de sa jeunesse d'enfant battu dans des familles d'accueil, de la moralité douteuse de ses grand-parents texans et de tout ce qui fait qu'au final, à 31 ans, Jonathan Caouette est quand même un peu perturbé. Dans la forme, Tarnation est un collage de photos et de vidéos capturées par Jonathan depuis qu'il a 11 ans sur divers supports, et je dois dire que c'est stylistiquement assez réussi, bien qu'un peu clipesque par moments, et un peu arty pour être arty à d'autres (et même parfois aux mêmes). Il a aussi la sale manie de raconter son histoire à la troisième personne, par petits morceaux de phrases s'affichant successivement en surimpression de l'image et, si vous voulez mon avis (et si vous le voulez pas, on se demande bien ce que vous foutez là), c'est fatiguant. Mais bon, je fais un peu la fine bouche, là, parce que c'est globalement assez chouette. Par contre, je suis très très déçu sur le fond. Il y a chez ce mec une manière de coller bout à bout les moments malheureux de sa vie pour se façonner une identité pas trop déplaisante qui me gêne un peu. Il est gentil, il aide sa mère, il pousse son grand-père à bout mais c'est pas grave c'est un vieux texan soupçonné de trucs pas très propres, etc. Alors bon, je veux bien comprendre que, quand on a eu cette vie, on n'ait pas forcément envie de se rabaisser tout seul, mais du coup, au-delà de son aspect témoignage bien monté, Tarnation sonne creux. Il y a très peu de recul, aucune auto-critique, peu de réflexion sur les sujets vraiment intéressants qu'il effleure (notamment la folie de sa mère, mais aussi ses propres problèmes) et surtout tout cela est noyé dans un narcissisme vincengallesque qui fait parfois douter de la sincérité globale du film. Enfin bon, je doute pas que le boulot qu'a représenté Tarnation pour son auteur en termes d'introspection et de retour sur son passé ait été bénéfique pour lui, mais pour moi ça n'a pas beaucoup plus d'intérêt qu'un reportage de Confessions Intimes bien monté, avec une BO sympa et, malheureusement, toute la subjectivité et le manque d'universalité que ça comporte. Et j'ai même pas fait de blague sur son nom.

treize commentaires:

"Et j'ai même pas fait de blague sur son nom" .... en clair tu t'en sors par une pirouette......cacahue.....et merde j'ai pas résisté.
alan smithee (link) - 04.12.04 - 10:55

Je savais que tu serais implaccable Caco !
tita67 - 04.12.04 - 14:53

Tu te plains pour le plaisir mais ça pourrait être pire. Tu pourrais avoir un poil dans le cerveau et dix nouvelles mains par jour. Ou pire, un implant psychotronique dans le cerveau par lequel on te manipulerait la main et les poils.
Sophie - 05.12.04 - 02:59

pourquoi tu engages pas un contrat de qualif?
yledm (link) - 05.12.04 - 11:29

Sexiste. Pourquoi l'esclave est-il forcément mâle et la secrétaire forcément fumelle?
Sophie - 05.12.04 - 18:04

Moi je veux bien faire la secrétaire, j'ai les doigts pour (mais pas contre je suis poliu)
Guillaume - 05.12.04 - 23:44

Alan : merci, je savais que je pouvais compter sur toi.

Sophie : c'est quand même incroyable : je propose, pour une fois, de rémunérer une femme et de faire travailler un homme sans le payer et tu me traites de sexiste !

yledm : parce que pas de locaux...

Guillaume : fais gaffe, ça veut dire qu'il faudrait travailler...
Brice (link) - 06.12.04 - 09:37

Beuh le bonheur de te servir c'est une rémunération ?
Sophie - 06.12.04 - 11:33

T'as fini ta documentation toi ?
Brice (link) - 07.12.04 - 10:55

C'est super mesquin comme attak.
Tant pis je voulais te proposer d'être ta secrétaire-esclave-strip-teaseuse gratuite mais dans ces conditions...
Sophie - 07.12.04 - 14:36

Sophie moi je suis pas mesquin du tout et je recherche quelqu'un qui correspond exactement à ton profil
Guillaume - 07.12.04 - 23:22

M'en va voir flying dagger, tu as bousculé mon enthousiasme... aggrrrr.... J'en dis plus à mon retour (jai pas vu Hero, mais j'ai 'Croushing tigger, hidden dragon' dans ma panoplie de films de cinéma).
Casaploum (link) - 08.12.04 - 20:32

Effectivement, quelques scènes jolies comme des haïkus picturaux mais ça reste ennuyeux. C'est vraiment anecdotique après Tigre et dragon, mais ça a le mérite de relancer le genre de wao-xia-pan ou je sais pas trop quoi, le film de sabres quoi !
Casaploum - 09.12.04 - 02:01

Nom :
E-mail :
URL :
Commentaire : 
 



Pour que votre commentaire soit publié, vous devez taper le mot de passe. Le mot de passe est cuboméduse. Je sais que vous pouvez y arriver.

Small print: All html tags except <b> and <i> will be removed from your comment. You can make links by just typing the url or mail-address.