Y a pas longtemps, je parlais de la faculté de Spike Lee à pas mal me remuer et à me faire reconsidérer plein de choses que je pensais ne plus trop avoir à reconsidérer. Eh ben avec Closer, on est pas loin de ça, parce que sans m'amener à remettre en cause les choses que je tiens plus ou moins pour acquises, ce film a provoqué chez moi (et provoque encore) une série de réflexions que je trouve à la fois intéressantes et flippantes.
L'histoire évoque des passages de la vie de deux couples qui s'entrecroisent, avec multiples tromperies, coucheries et tiens pendant que tu prenais la mienne je m'amusais avec la tienne. Globalement, malgré le thème basé sur les "trucs sur le couple que tout le monde sait plus ou moins mais que personne n'ose dire mais moi si" qui, contrairement à ce que son intitulé pourrait amener à croire, commence à être un peu omniprésent (pour rester gentil) ces derniers temps, c'est plutôt bien. D'abord, c'est très très bien écrit, plutôt bien ficelé et brillamment interprété. Le mec qui saute aux yeux, c'est évidemment Clive Owen, mais bien que n'aimant pas énormément Julia Roberts, j'ai trouvé qu'elle jouait ici super bien. Comme quoi la qualité d'un rôle doit un peu compter quand même. Donc voilà, j'ai rien à reprocher à ce film, si ce n'est un truc dont je suis pas sûr et qui justement m'a remué.
En gros, la question est : est-ce que les personnages de Closer ne sont pas particulièrement faibles et mesquins ? Si c'est le cas, comme j'aurais tendance à le croire, ça limite forcément la portée et l'universalité du film. Si c'est pas le cas, ça ne le rend que plus intéressant, mais ça me fait un peu flipper quand même. Je prends des pincettes, parce que si je fais ce reproche, il peut me tomber deux trucs sur la gueule :
- on peut me dire que je suis bien naïf, qu'il faut que j'ouvre un peu les yeux sur le monde, que la vie et comme ça et qu'il serait quand même temps que je me réveille, et ça, je vous l'avoue clairement, j'aime pas trop qu'on me le dise, parce que j'ai plutôt tendance à penser que je suis bien assez désabusé comme ça.
- on peut aussi me dire que j'ai raison, et là ça me soulagerait un peu, mais pas complètement parce qu'il est tout à fait possible que le on en question soit un sale hypocrite.
Alors bon, voilà, dans un cas comme dans l'autre je suis pas bien avancé et Closer continue de me perturber, ce qui est plutôt une qualité en soi, mais une qualité un peu relou quand même. Enfin quoi qu'il en soit, j'ai bien aimé ce film ; pour les dialogues, pour les acteurs, pour la relative neutralité du réalisateur et pour sa façon d'esquiver la question morale afin de se concentrer sur les personnages et une réflexion intéressante sur la sincérité.
onze commentaires:
Pour éviter d'être chamboulé, considère qu'au lieu de changer de partenaires sexuels, c'est un architecte qui veut devenir boulanger.
Dean Markley, retraité - 21.01.05 - 15:50
Moi je vois les choses comme ça. Je sais pas si ca peut répondre a ta question mais bon ca donne des pistes. Et je peux rentrer dans la définition du "on" hypocrite.
*mini-spoiler*
je dirais que le couple Jude Law/Julia Roberts est faible
et immature (ou enfantin). C'est à mon avis le couple le plus "humain" en ce sens et le plus représentatif. C'est ce qu'on observe le plus couramment avec plusieurs côtés très présents chez l'enfant : à la fois innocence et égoïsme. Jude Law fait n'importe quoi et après il est limite tout étonné que ça se passe pas comme il veut.
Clive Owen est par opposition le mec mature (ben oui ca la l'air bizarre dit comme ça mais c'est l'impression que j'ai). Malin et réaliste il fait un retour à la terre en quelque sorte avec son côté prédateur animal. A la facon du "struggle for life" c'est celui qui sait le mieux retomber sur ses pattes. Sans pitié pour ses congénères seul le plus fort survit. On peut dire qu'il "gagne" son combat contre Jude Law par tous les moyens lorsqu'il revoit Julia Roberts au restaurant.
Natalie Portman représente le facteur inconnu, qui peut faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. Bon là je vais pas être très objectif vu que je dois être un peu amoureux de Natalie Portman donc j'arriverai pas à dire des trucs négatifs comme pour les autres. Surtout qu'elle a plutôt le rôle de la victime. Elle est le contrepoids féminin de Clive Owen. Chacun représente une sorte de "mode de défense" appliquée aux hommes ou aux femmes. L'homme Owen choisit la prédation et le pouvoir. La femme Portman choisit le mystère (ça veut pas dire que seuls les hommes ont un côté prédateur ou seules les femmes un coté mystérieux mais c'est fait pour représenter une symbolique. Je précise car statistiquement il doit bien y avoir quelques débiles qui lisent ton blog, on a bien vu des fans de Jessica Marquez)
bon c'est un peu synthétique et simplifié mais c'est pour tirer une conclusion super évoluée qui fait vachement avancer les choses : en gros les personnages sont schématiques et représentent chacun cerains aspects mais ca reste pas très éloigné de la réalité quand même.
Donc comme toujours la réponse à ton interrogation est faite des deux réponses :
oui tu as raison les personnages sont faibles et mesquins
oui tu es naïf parce que globalement 90% (voire plus et nous tous y compris) de la population est faible et mesquine
non non ne me remercie pas de t'avoir ravigoté le moral
Guillaume - 21.01.05 - 15:52
Attention ça spoile encore.
En fait je partage plus ou moins ton analyse des personnages, sauf que je trouve celui de Clive Owen pas si fort que ça (notamment quand il va voir Alice dans son club de strip-tease) et quand même très mesquin. Enfin bref, The Machinist devrait arranger tout ça. :)
Brice (link) - 21.01.05 - 16:44
Tout ça conforte mon envie d'aller voir ce film.
Comment se fait-il qu'il n'y ait pas encore de commentaire sur le film "L'un reste, l'autre part" ? ;)
Snej - 22.01.05 - 14:41
Ben je sais pas pourquoi, j'aime beaucoup Charlotte Gainsbourg mais j'ai pas vraiment envie d'aller voir L'un reste, l'autre part.
Brice (link) - 23.01.05 - 15:51
Je te propose une autre conclusion que l'on peut tirer de ton analyse Brice. A savoir tu es une fillette sensible pour te laisser "remuer", "émouvoir", ne serait-ce même "qu'interpeller" par un film qui, si il était interprété par des acteurs moins célèbres, ressemblerait à un téléfilm de M6, et si il avait été fait par un réalisateur et avec un casting français serait juste un film "mouais bof " de plus. Alors bien sûr ce film est interprété par des stars anglophones à la plastique intéressante, c'est cela qui est assez orgiginal pour un film "où l'on cause". Et il est à mon sens peuplé d'un tas de personnages un peu paumés, ni 100% bons, ni 100% mauvais, qui passent leur temps à s'entrechoquer dans un mauvais timing, ce qui fait que leurs histoires sentimentales et leurs vies ont des hauts et des bas.....la vie de tout le monde quoi. C'est pas facile tous les jours, mais quand on le sait, on se laisse surement "remuer " moins facilement.
Bernie () - 26.01.05 - 17:22
Ce qui est amusant dans les réactions, c'est que finalement, c'est le genre de film "intime" qui n'éveille pas les mêmes échos chez tout le monde. Je pense notamment à Lost in Translation, qui actionne les mêmes ressorts (solitude, insatisfaction, déception amoureuse), mais qui m'a laissée de marbre tandis qu'il a enthousiasmé certains potes que je m'évertue depuis à conserver en haute estime
Dans Closer, j'ai justement été interpellée par le fait que bien que le thème soit hyper éculé, l'interprétation et l'histoire suintent l'amertume du réalisme (désolée pour le gros mot). Pour moi, la "faiblesse" indéniable des personnages n'est que la traduction des choix issus de leurs dilemmes quotidiens, qui sont ceux du commun des mortels.
La fin, qui est dans le meilleur des cas plus proche du pis-aller que du happy end pour chaque protagoniste, ne fait que souligner l'inexistence de la fatalité et l'idée que tout ce que nous faisons est un mélange de choix et de laisser-faire.
Je n'ai pas de jugement moral à porter sur tout ce que nous raconte ce film, parce que certes, les personnages ne font que "laisser faire", en éludant autant que possible principes moraux et examen des conséquences, mais tout cela ne me semble que descriptif de comportements pas franchement rares (cela dit je ne m'avancerai pas à proposer des chiffres, comme Guillaume, parce que je suis un peu plus naïve)...
J'ai lu il y a quelques temps un article sur l'embarras des choix de toutes natures qui se posent dans notre culture, et Closer se veut selon moi une illustration de cette incapacité à choisir, tout simplement parce qu'aucune solution n'apparaît comme vraiment préférable à une autre.
PS : Bernie, je suis d'accord avec toi sur le côté "film de beaux qui font des professions glamour", qui ajoute immanquablement à l'attrait de la petite histoire. En revanche, l'usage de termes comme "fillette sensible" sont hors sujet, en plus de frôler le mauvais goût.
nacha - 27.01.05 - 12:40
-l'usage de +des
nacha - 27.01.05 - 12:42
C'est Jack Kerouac qui a raison quand il dit que le plus grand écrivain du monde est une femme (lui c'était un homme)
Dean Markley, androgyne - 27.01.05 - 15:16
A mon sens, les "fillettes sensibles" ne sont pas de mauvais goût. J'en ai encore mangé une hier, et avec du ketchup et des fritres, ça passe bien.
bernie - 28.01.05 - 09:09
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