Cacochyme

03.07.03 - 17.35
Mak dau goo si (3.5/5)

L'été dernier (mais si, souviens-toi), je préparais le mariage d'un pote avec plein de gens, dont une poignée d'inconscients qui avaient fait deux ou trois enfants quelques années plus tôt. Évidemment, ils couraient partout et ça a fini par énerver leurs parents, qui les ont mis devant la télé avec un cassette vidéo d'Aladdin. Enfin, pour être plus précis, ils ont mis les petits sur des fauteuils et la cassette dans le magnétoscope. Moi, j'étais assis à une table, pas loin, peignant de ma main à la fois agile et précise des petits pots en terre cuite. Vous l'avez deviné, c'était l'une des heures les plus sombres de mon histoire. Toutefois, il arrive que quelque chose de bénéfique ressorte des moments les plus difficiles et humiliants auxquels un être humain puisse être confronté, et c'est ce qui est arrivé cette fois-là. En effet; j'ai découvert une scène édifiante dans ce célèbre dessin animé des studios Disney : Aladdin drague Jasmine à la manière d'un lascar de base des Champs, lui racontant bobard sur bobard. Comme elle est bête mais pas trop, elle le grille, le traite de mythomane et commence à faire la gueule. Je commençais à me dire un truc du genre "haha c'est mal barré pour toi mon gars, ça t'apprendra à te la péter", mais j'avais tort ! Voyant que sa technique ne marche pas, Aladdin passe au plan B : la BM. "Bon, OK Jasmine, je suis pas producteur de R'n'B, mais regarde, j'ai une BM 540. Elle est cool, non ?" Et là, paf, Jasmine, comme une conne, se laisse avoir, monte dans la caisse et part faire le tour du périph' avec Ce rêve bleu à fond dans l'auto-radio Pioneer. J'étais tellement dégoûté que j'ai peint le pot suivant en vert moche.

Eh ben l'avantage, quand on va voir McDull dans les nuages (qui est le titre français de ce dessin animé, comme les plus sinophiles d'entre vous l'ont déjà remarqué), c'est qu'on se retrouve bien loin de ce genre de déception. Le message est simple, un peu plus profond (et un peu moins puant) que "Il a l'Audi, il aura la femme" et surtout délivré avec mille fois plus de poésie et de finesse. McDull dans les nuages est plutôt destiné aux enfants, et à ce rythme je vois pas bien comment dans 20 ou 30 ans les seuls artistes valables du monde ne seraient pas chinois. Je manque peut-être un peu de références pour dire ça, mais l'écart entre la richesse de ce dessin animé et la pauvreté de ce qu'on a l'habitude de voir ici me parait absolument sidérante. Et j'exagère même pas, c'est bien ça le pire.

Et puis c'est pas comme si c'était un peu de poésie, quelques métaphores et 3 grammes de petites réflexions sans rien autour. Graphiquement, c'est aussi très original. En gros, tous les décors sont en 3D, avec des extérieurs très réalistes et des intérieurs minimalistes et colorés, beaucoup plus enfantins et stylisés. Quant aux personnages, ils sont en 2D, dans un style très manga pour gosses. Pourtant, ça ne choque pas, le tout est très harmonieux et donne une ambiance vraiment particulière au dessin animé.

Dans cet univers, on suit l'enfance de McDull (qui a certes un nom un peu naze, mais quand on sait que sa mère s'appelle McBing et qu'elle a failli l'appeler McBassine, on relativise) et ses tentatives de combler tous les espoirs que sa mère a placés en lui. C'est traité d'une manière que j'ai vraiment adorée, en replaçant un peu tous ces rêves et tous ces espoirs au niveau du personnage et de son entourage. Ce qui est également appréciable, c'est que McDull dans les nuages ne vire jamais au mièvre, et est régulièrement ponctué de scènes bien drôles, dont certaines risquent de vous revenir à l'esprit dans certaines situations (les deux scènes dans le restaurant, ou l'histoire du site de cuisine de Mme McBing, par exemple). Bref, on passe vraiment un moment agréable, même en temps que proto-adulte. Et si par hasard vous faites partie des inconscients ayant généré des créatures qui courent partout dans les mariages, il ne vous reste plus qu'à leur faire voir McDull et bientôt, grâce à vous, des Champs-Elysées au Vieux Port en passant par la rue Sainte-Catherine, les filles pourront se balader tranquillement.

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