19.11.03 - 01.51 Kill Everyone Now
La porte éclate sous mon coup de botte. Je démarre la tronçonneuse et, curieusement, le petit personnel s’écarte bien vite de mon passage. C'était voulu, mais j'aurais pas cru que ça serait aussi efficace. Je longe le couloir à grands pas en défonçant chaque porte latérale d'un coup de hache. C'est technique, il faut bien faire gaffe à pas la coincer dans le bois, sans quoi ça ruinerait la fluidité de mon déplacement et tout l'effet stylistique de mon entrée. Mais j'ai répété. Les éclats de bois sautent dans tous les sens et le bout du couloir est proche. Avant d'en sortir, je jette un oeil en arrière pour constater que les loufiats se barrent dans l'escalier. Je lance la hache, pour voir. Elle est bien équilibrée et elle cloue un mec en bout de course contre la lourde déjà défoncée qui le séparait de la liberté. Ca fait plaisir de bosser avec du matos de qualité.
En entrant dans la pièce du fond, je dégaine la chaîne rouillée que j'ai enduite de graisse pour que les coups que je donnerai avec laissent des marques bien distinctes. Ce genre de détails visuels, ça ajoute tout de suite un côté chiadé à l'opération. On peut pas dire que mon entrée ait été particulièrement discrète, et pourtant ces trous du cul ont pas bougé. Ils sont toujours scotchés à leurs fauteuils Louis XVI, les dernières lettres de leur dernier mot dégoulinant de leur bouche entr'ouverte sur leur costard prêté par la prod’. J’aime les voir comme ça.
Je me demande par lequel je vais commencer. Un coup de chaîne en travers de la gueule du premier mec, dont je ne connais pas le nom, met un terme à mes hésitations. Y a pas à dire, une belle ligne de graisse noire, bordée de sang clair, reliant l’œil au menton, ça a du chien. Le mec porte ses mains à son visage et s’écroule. Visiblement, ça a des vertus pédagogiques, parce que les autres crétins comprennent que le fait de se lever de sa chaise constitue sans doute un premier pas vers une mort moins violente. Un coup de chaîne au milieu de la table, un autre dans le lustre et un troisième dans la gueule de Steevy donnent à la pièce un style qui me convient déjà mieux. Ca fait beaucoup de bruit, y a du pinard renversé partout, et le môme est en train de crever sur le tapis. Quand je pense que sa dernière pensée aura été de savoir si Sheila est oui ou non une icône gay, ça me fait froid dans le dos.
Mais bon, j’ai pas le temps de rêvasser : un gros mec vient de se faire la malle pendant que je redécorais l’endroit, et j’ai pas une folle envie de rater les autres. Orlando s’est cassé la gueule en arrière en voulant se lever trop vite, Serge Lama a attrapé un couteau et a reculé contre un mur, hors de portée de la chaîne, Anouk Aimée doit être sous la table et Ardisson a soulevé tant bien que mal son fauteuil pour s’en servir comme protection. Comme je suis un faible, je décide de laisser filer l’actrice, mais je me rattrape en renversant la table avec le corps de la tronçonneuse sur le gros bide d’Orlando. Il gueule mais ce qu’il a à raconter n’a pas l’air passionnant. Du coup, je commence à faire tournoyer la chaîne au-dessus de ma tête pour voir si j’arrive à entendre son sifflement malgré le boucan que fait mon amie Husqvarna. Non seulement ça marche, mais en plus ça projette d’épaisses gouttes de graisse dans toute la pièce et sur la gueule de Lama. Putain, c’est beau. Une vraie réussite ce truc, je le réutiliserai. Mais Thierry Ardisson n’est apparemment pas très sensible à toute cette poésie, et il profite de ma sensibilité pour tenter un mouvement tournant, bien planqué derrière le fauteuil qu’il brandit comme un bouclier, tout en restant dos au mur de la pièce et en marchant au passage sur son pote Orlando, qui gueule de plus belle. Mais y a aucun moyen que t’arrives à la porte, bonhomme. Ma chaîne, qui jusque là emplissait la pièce d’une musique lancinante, s’abat sur le fuyard et s’enroule autour d’un pied du fauteuil. Je tire dessus un grand coup pour lui arracher le fauteuil des mains et il se retrouve comme un con, des bouts de tissu déchirés dans ses petites mains crispées. Le côté négatif du truc, c’est que je vais pas pouvoir le finir à la chaîne ; je tenterais bien de faire tourner le fauteuil au bout, mais j’ai peur de me le prendre sur la gueule et de ruiner la composition jusqu’à présent parfaite de cette petite saynète. Pas grave : un grand mouvement circulaire de mon bras droit se charge des présentations entre la tronçonneuse et la veste d’Ardisson. Et comme ma copine vrombissante n’est pas du genre superficiel, elle entame aussi un peu le bide de son partenaire de jeu. Ca gicle pas mal, mais c’est bien le moins qu’on puisse attendre d’un coup de tronçonneuse. Quant à Ardisson, je sais pas si c’est le vin ou l’émotion, mais il a l’air d’attacher beaucoup moins d’importance que tout à l’heure au fait que l’arbitre ne puisse pas venir d’une des deux équipes et qu’il faille donc un roi pour jouer ce rôle. C’est drôle comme les raisonnements les plus simplistes sont vite abandonnés dans les moments importants. C’est la réflexion qui me traverse l’esprit lorsque mon deuxième coup de tronçonneuse lui sépare la tête en deux entre les maxillaires. Orlando couine encore un peu.
C’est là que Lama sent que c’est le moment de tenter quelque chose. Il se jette sur moi et tente de me planter avec son couteau à rôti. Heureusement, un réflexe me permet de placer le joli corps orange de ma tronçonneuse entre son arme et mon bide, et un tintement métallique salvateur ramène un sourire enjoué sur mon visage. Lama, lui, fait carrément la gueule. C’est le principe des vases communiquants. Alors coquin, c’est toi le boss de fin de niveau ? À nouveau, il tente de me percer avec son arme. Esquive, coup de pompe, coup de pompe, coup de pompe, garrot avec la chaîne, découpe du dos à la tronçonneuse en suivant les pointillés de la colonne vertébrale - 5 hits combo, PERFECT ! T’as raison, Serge : le baryton, c’est bon.
J’enjambe les corps en contemplant mes bottes maculées de sang et de fluides divers et réconfortants. J’ai plus qu’à redescendre l’escalier, monter dans ma Toyota et quitter cette putain de rue du Faubourg Saint-Honoré. Mais avant de sortir de la pièce, je jette un dernier coup d’œil en arrière. C’est bon, Orlando l’a définitivement bouclée.
2 commentaires fantastique !
si seulement...
Stadtkind () (link) - 20.11.03, 16:07 hahaha mortel, je rigole comme un con dans ce putain de net cafe jap. Deja qu ils ont peur quand ils me voient debarque...
Ptyx (link) - 26.11.03, 07:53
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