Cacochyme

29.12.03 - 10.45
The Station Agent (3.5/5)

Alors voilà, je vous présente le film qui me coupe l'herbe sous le pied. Pour les Cacochyme Awards 2004, je prévoyais de parler d'un ou deux acteurs (ou actrices) peu ou pas remarqués qui m'avaient fait flasher cette année. Parmi eux, il y avait Patricia Clarkson, abonnée aux seconds rôles dans Welcome To Collinwood, Dogville, et surtout The Safety Of Objects et Far From Heaven, deux excellents films dans lesquels elle a vraiment la classe. La classe discrète, mais la classe quand même. J'aurais dit que j'aimais son style, la justesse de son jeu et son physique bien moins rapiécé que la moyenne. Oui mais voilà, Patricia Clarkson n'a pas fait que des petits rôles discrets que personne n'a remarqués cette année, puisqu'elle partage plus ou moins la triple tête d'affiche de The Station Agent, film dans lequel elle a de nouveau la classe, ce que remarqueront tous les gens qui iront voir ce film. D'où, schklak, plus d'herbe sous mon pied tendre mais néanmoins musculeux.

Du coup, je vais me venger un peu sur le public de la séance de 20h25 de la salle 9 de l'UGC Ciné Cité des Halles. Ami lecteur, si tu faisais partie de cette assistance, il y a de grandes chances pour que tu sois un trou du cul. Parce que bon, avec ma copine Lindsey-Virginie (qui gueule parce que je la cite jamais sur ce blog, essentiellement parce que j'ai un peu honte de son prénom composé), on a trouvé ça assez surréaliste comme ambiance. Je sais bien que c'est les vacances, et c'est d'ailleurs pourquoi je suis prêt à passer l'éponge pour les coups de genou dans le dossier de mon fauteuil et les grognasses qui mangent des pop corns la bouche ouverte pendant le film, mais ça n'explique pas l'état d'hystérie collective du public de cette séance. The Station Agent, ou du moins la première partie du film, est clairement une comédie. Il y a pas mal de situations assez cocasses, de dialogues marrants, etc., mais pas de quoi se rouler par terre, ça reste assez distancié. Alors entendre toute une salle s'esclaffer le plus fort possible, en s'écoutant bien rire et en poussant des cris du genre "HAHAHA C'EST EXCELLENT HAHAHAHAHAHAHAHA" toutes les cinq minutes, ça fait vraiment drôle, on se sent même extraterrestre sur les bords. Heureusement, la deuxième partie du film est un peu plus grave et, comme dirait mon ami Cocotte, ils ont fini par fermer leur immense claque-merde, mais c'était néanmoins une expérience plutôt étrange. D'autant plus que, cinq  minutes plus tôt, je m'étais tourné vers Lindsey-Virginie (paf, deux citations) pour lui dire que j'étais allé voir Looney Tunes : Back In Action et que c'était insupportable tous ces gens qui s'écoutaient rire bien fort à travers la salle. À se demander si c'était pas une caméra cachée mise en place par Laurent Baffie pour se venger de mon commentaire sur son film. En fait, j'aurais bien aimé, ça aurait flatté mon côté mégalo, mais non, rien de tout ça, c'était bien de vraies personnes. Ca ne fait que renforcer ma crainte de les voir voter dans quelques mois.

Enfin bref, The Station Agent, donc. C'est l'histoire d'un nain passionné de trains nommé Finbar, qui hérite d'une gare désaffectée dans un bled paumé du New Jersey. Il est assez taciturne, ce qui se comprend vu le poids du regard des autres sur sa personne, et n'est pas fâché de s'installer dans cette ancienne gare isolée. Manque de pot, juste à côté, il y a un mec dans un camion qui vend du café et des hot dogs et surtout parle sans arrêt. Et comme si ça ne suffisait pas, une peintre divorcée pas super équilibrée manque de l'écraser en voiture à deux reprises et, soucieuse de se faire pardonner, ne le lâche plus. Ensuite, tout le film raconte la façon dont ces trois personnes pas très adaptées à ce qui les entoure vont devenir amis à leur façon et se construire un petit bonheur personnel entre gens bizarres. Je sais pas si c'est de ma faute ou s'il est impossible de présenter ce film sans qu'il ait l'air bidon, mais ne vous fiez pas aux apparences : globalement, c'est très bien.

Comme souvent dans ce genre de films indépendants, l'un des points forts de The Station Agent est son casting. J'ai déjà parlé de Patricia Clarkson (qui joue Olivia), mais les deux autres acteurs principaux, Peter Dinklage (Finbar) et Bobby Cannavale (Joe) sont au même niveau, à savoir quasi parfaits. Évidemment, ça aide beaucoup dans un film ou la réussite tient beaucoup à la finesse des situations et des interactions, mais le réalisateur n'est pas en reste de ce côté là. Indéniablement, tout ça est filmé avec beaucoup de délicatesse, soigneusement mis en scène et jamais ennuyeux, malgré un rythme assez lent et l'absence de véritable intrigue au sens strict du terme. En effet, pour compenser cela, il y a l'humour tour à tour subtil et un peu bourrin qui parsème tout le début du film, et la subtilité et la finesse des situations de l'ensemble, qui font que The Station Agent parvient à transmettre énormément de choses avec des personnages qui soit parlent très peu (Finbar et Olivia), soit parlent énormément pour ne pas dire grand chose (Joe). Du coup, on obtient une chronique très bien foutue de la formation d'une amitié atypique.

C'est l'intérêt du film, mais c'est aussi sa petite faiblesse. Certes, tout cela sert également de prétexte à montrer l'évolution du personnage de Finbar et de ce qu'il appelle sa colère contre son nanisme, mais les enjeux de l'histoire restent relativement limités. La fin du film en témoigne parfaitement : malgré la scène dans l'école, on sent que le réalisateur, qui a également écrit le scénario, a peiné pour trouver une conclusion franche à son premier long métrage.

Mais malgré ça, sans prétendre révolutionner le cinéma ou apporter la lumière philosophique ultime aux spectateurs (même si ça aurait pourtant été bien utile à ceux de la salle dans laquelle j'étais), The Station Agent est une réussite à son échelle, sur un sujet pas forcément évident à traiter et autour de thèmes que j'apprécie particulièrement.

7 commentaires

The Station Agent est une réussite à son échelle
Dire ça sur un film qui traite du nanisme, c'est petit Brice... (arh arh arh)
gaelle () (link) - 29.12.03, 19:47

Les salles de l'ugc des halles elles sont toutes de qualité, on est bien assis, y a un bon écran, un bon son, tout ça parfait.. Par contre, le public, j'ai déjà vécu plusieurs fois cette sensation de se sentir extraterrestre dans une salle d'ugc... Pi les coups de genoux, je peux pu tolérer, si au bout des 5 premières minutes du film sa a pas céssé, j'agresse direct ! nan mais
juliet" () (link) - 30.12.03, 05:44

Moi aussi, normalement, j'interviens, mais là je l'ai pas fait, je sais pas pourquoi.
Pour le public, c'est vrai que ça varie en fonction des cinémas, mais aux Halles, en journée, quand c'est pas les vacances, y a pas à se plaindre. Et puis les Looney Tunes, c'était à Bercy. Il va bientôt plus me rester que le MK2 Beaubourg...
Brice (link) - 30.12.03, 12:00

Ah oui au fait Gaëlle : arh arh arh !
Brice - 30.12.03, 12:01

Non mais c'est bon, j'ai bien compris que tu ne répondais qu'à certaines filles... Moi non plus tu me cites pas quand on va au ciné ensemble alors j'en ai tiré les conclusions qui s'imposaient... *soupir*
gaelle - 30.12.03, 12:27

OK, j'vois c'que c'est.
Je parlerai de toi dans mon prochain post, quel qu'il soit, voilà. Et après je prends plus de requêtes.
Brice (link) - 30.12.03, 13:46

J'attends de voir ça...

Pour le film j'ai une hypothèse sur le pourquoi les gens se marrent pour un rien. (En 2004 j'apprendrai à faire des phrases qui ressemblent à des phrases).
Moi ma salle avait l'air un peu moins stupide que la tienne (no comment), enfin surtout pas très remplie. Mais j'ai quand même eu le droit à deux trois bouffons qui se sont bien marrés au debut. Hors ils se sont esclaffés chaque fois que le Finbar avait un "problème" : quand il se retrouve dans les buissons (mais ils n'ont pas ri quand la voiture zigzagaient), quand il met la boite au lettre à son niveau (haha ha qu'est ce qu'on s'marre) ou quand au début on le voit assis dans le bar avec son boss (là j'ai clairement pas pigé sur le coup mais assez bien par la suite). La conclusion s'impose d'elle même : ces gens sont de gros connards et sont surement allés voir ce film pour de la curiosité malsaine. C'est un peu la transposition de l'épicière qui prend une photo dans le magasin. Mais tu les as là à côté de toi. La classe...

Voilà, bonne année :)
gaelle - 01.01.04, 14:11

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