02.04.03 - 21.02 Martexx, épisode 1 (M-002)
Ca fait deux jours que je suis sorti. Deux jours qu'ils me traquent, deux jours que je le traque. Deux jours à trembler en permanence à cause du manque de médicaments. J'ai pas fermé l'oeil cette nuit. Par contre, le deuxième l'est définitivement depuis qu'ils ont essayé, pour je ne sais quelle raison, d'augmenter la productivité de mes glandes lacrymales. J'ai pas mangé non plus. Mais je me plains pas, je m'en sors bien. Quand Dan s'est enfui, ils l'ont ramené au bercail en moins de douze heures. On l'a entendu hurler pendant une semaine. S'ils me chopent je vais morfler, c'est sûr. Dan pesait 50 kilos tout mouillé, il a pas fait long feu. Moi, ils me travailleront bien pendant un mois avant que j'y passe. Mais ils me choperont pas. Deux jours, putain !
Ca m'a fait un choc de me retrouver au milieu des norms. Ici, tout est coloré, brillant, clignotant. Le premier jour, tout le monde me regardait. J'ai pensé que l'uniforme blanc devait les intriguer, alors j'en ai buté un, et j'ai pris ses sapes. Une combinaison en latex, un peu dans le genre de celle que portait le Docteur quand il arrivait, au début de la semaine. Elle est un peu serrée, mais je passe à peu près inaperçu, tant qu'on voit pas trop ma tronche. Je l'ai vue hier, pour la première fois, je pense. J'aurais mieux fait de m'abstenir. Ils m'ont salement arrangé. Mais là c'est moi qui mène le jeu. Ca doit les énerver. Deux jours.
En fait, je sais même pas par où commencer. En tout cas, pas question d'interroger un norm. Le tatouage passe relativement inaperçu, mais si je me mets à parler du Docteur, ya bien quelqu'un qui va faire le rapprochement. On m'a dit que c'est comme ça que Dan s'est fait baiser. Mais moi je suis pas Dan, ça fait deux jours que je suis parti, et la seule chose que je craigne, c'est le manque. A l'intérieur, les médicaments te donnent envie de t'échapper, mais à l'extérieur, ils te forcent quasiment à revenir. On m'a aussi dit que Dan s'était fait reprendre à cause de ça. C'est quand même plus probable, parce qu'il était malin. J'ai l'estomac qui se déchire et j'ai du mal à respirer, mais je peux encaisser. Ce qui est dur, c'est les tremblements. Deux jours que je tremble !
J'ai été con. J'aurais dû partir avec Dan quand il me l'a proposé. Lui, il connaissait l'extérieur, il m'aurait aidé à retrouver le Docteur. Et ils l'auraient peut-être pas rattrapé. Mais j'ai un plan, ça y est. Il m'avait parlé d'un truc qui ressemble aux moniteurs de contrôle cérébral, mais qui ne se branche pas sur le crâne. En fait c'est juste relié à d'autres machines du même genre, et ça permet de retrouver un nom, une adresse, n'importe quoi. Il faut que j'arrive à me souvenir de tout ce que Dan m'a dit, mais c'est douloureux.
J'ai repéré ma victime. Je la suis. Elle va finir par rentrer chez elle, et je la forcerai à faire marcher l'appareil. Et je retrouverai le Docteur. Ca fait bien dix minutes que je la suis. Je commence à me sentir tout drôle. Elle porte une combi en gélatine. C'est presque transparent et ça me fait penser à la fille qui traînait tout le temps avec le Docteur. Lui aussi il se sentait tout drôle quand elle était là. Personne le voyait, moi si. Elle arrive devant un bâtiment. Ca doit être chez elle. Je rentre dans l'ascenseur avec elle. Elle fait même pas attention à moi. Elle sort au 37ème étage, et se dirige vers une porte, qui semble s'ouvrir toute seule. Je cours, je la pousse vers l'intérieur et j'entre. Je jette un oeil à l'extérieur... personne m'a vu. Je ferme la porte et je me retourne. La fille a le crâne ouvert en deux et un pied de table au milieu. J'ai dû la pousser un peu fort. Je m'approche et je me penche au-dessus d'elle. Pas de sang, juste de l'huile et du métal. Je veux me relever mais quelque chose s'abat sur ma tête. Je me retourne, et je vois un gars qui brandit une grosse barre métallique derrière moi. Malheureusement, je lui laisse pas le temps de l'abattre une nouvelle fois : je lui fous un grand coup de tête dans l'estomac. Le choc le projette en arrière, son crâne heurte la porte d'entrée et il s'écroule par terre comme une merde. Celui-là, il avait bien du sang dans la tête.
Mon plan ne devait pas être parfaitement au point, parce qu'une dizaine de gars entrent dans l'appart, armés comme s'ils voulaient prendre le QGPUU d'assaut. Ils portent tous l'uniforme de l'IEEC.
- C'est fini, Martexx, on te ramène à la maison.
Deux jours...
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